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Camille Bordelon

Fuir Charlie : Découverte d’une énigme au cœur de la controverse !

Un article publié dans Charlie Hebdo dénonce la vape. Est-ce vraiment surprenant ? C’est la ligne du journal, ou pas : la véritable ligne de Charlie Hebdo est la satire, pas la vindicte.

Tragédie à Charlie : un article

C’est un article typique de Charlie Hebdo qui a frappé la communauté du vapotage en France, et il faut l’accepter, c’est la réalité. On pourrait penser que cela fait partie du caractère irrévérencieux de Charlie, cette continuité d’un esprit qui a autrefois mené à la décapitation d’un roi et à l’édification de barricades à Paris.

Il est essentiel de rappeler que Charlie a souvent payé un lourd tribut pour son irrévérence et sa liberté d’expression. Inutile de répéter les noms de ceux qui ont perdu la vie en défendant cette liberté que la Constitution leur accorde : nous devrions tous les connaître par cœur.

Charlie, ce sont ces enfants terribles qui saccagent votre bureau, car c’est leur manière de questionner s’il n’existe pas une meilleure façon d’organiser les choses. On peut en rire, on peut s’énerver et taper du pied, mais lorsqu’un individu sort une arme de son tiroir, on franchit une limite. Charlie ne tue pas, il se moque.

Il a ce droit. Tout comme nous avons la légitimité de nous interroger : un article publié dans Charlie Hebdo est-il vraiment un article de Charlie Hebdo ?

L’auteur semble être un nouveau venu au sein de la rédaction, avec seulement quelques articles à son actif. Peut-être souhaite-t-il prouver sa valeur, ce qui est louable, et sécuriser son avenir, ce qui est compréhensible : s’il ne peut pas rester à Charlie pour une raison ou une autre, il doit faire ses preuves. Peut-être espère-t-il même que travailler avec Élise Lucet est une opportunité en or, chacun a ses propres ambitions.

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Charlie n’est plus, vive Charlie !

Le souci avec cet article, c’est que l’esprit satirique de Charlie semble s’effacer au profit d’une forme de colère, du moins c’est ainsi que cela se présente. On a l’impression que l’auteur considère qu’il est anormal que les professionnels du vapotage puissent vivre de leur métier.

C’est un point de vue qui mérite d’être entendu, comme tous les points de vue qui sont argumentés. Mais cela pourrait poser problème à son auteur s’il venait à extrapoler. Par exemple : qu’en est-il d’un individu qui gagne sa vie en vendant des fauteuils roulants ? Est-ce bien ou mal ?

Selon cette logique, doit-il souhaiter qu’il y ait plus de personnes handicapées pour augmenter ses bénéfices ?

Sans aller aussi loin, peut-on imaginer l’auteur s’indigner contre les lobbys bio qui manifesteraient contre l’agriculture industrielle, les mégabassines ou les pesticides ? Après tout, leur but est de vendre leurs pommes de terre à un prix exorbitant, non ?

Et pourquoi ne pas accuser les associations anti-tabac comme le CNCT de lutter contre des outils de sevrage efficaces pour que les gens continuent à fumer et justifient ainsi leurs subventions publiques ? Puisque nous sommes dans la caricature, autant y aller à fond. Pas sûr que ces personnes qui se battent contre le tabac apprécient cette critique.

Tout est excusé

Abordons maintenant le sujet majeur de la vape chez les jeunes. Entrée en scène de Claude Bamberger, président de l’AIDUCE et, diront certains, interprète à ses heures. L’article indique qu’il « se cache derrière une rengaine bien connue ». Cette rengaine : nous ne pourrons pas empêcher les jeunes de faire des « bêtises », alors autant les accompagner avec des produits à réduction des risques.

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Il est vrai que l’interview s’est déroulée dans un contexte de manifestation, avec les slogans criés à travers des haut-parleurs et les explosions des grenades de désencerclement… Ah ?

Pardon, on me signale que tout s’est bien passé, que la manifestation a été calme et respectueuse, et que les forces de l’ordre présentes avaient pour mission de veiller à ce que les slogans et les arguments avancés ne dérangent pas les oreilles de la ministre de la Santé.

Cependant, connaissant Claude, il serait surprenant qu’il ait seulement dit cela. Interrogeons le principal intéressé. « Ce n’est pas moi qui ai dit cela, c’est Serge (Le Faurestier, secrétaire de l’Aiduce, NDLR), et ce qu’il a réellement dit, c’est que quand on est jeune, on fait des bêtises, et vapoter a beaucoup moins de conséquences que d’autres comportements. Pour ma part, j’ai ajouté que les données montrent que la majorité des lycéens vapoteurs ont été des fumeurs 2-3 ans auparavant, et la chute est historique ; la vente aux mineurs est proscrite, mais pas l’usage, et nous soutenons que ce sont les parents qui doivent décider. »

C’est un discours qui, encore une fois, se défend : sachant qu’au moins un tiers des buralistes vendent des cigarettes aux mineurs (31 % d’après un test réalisé par le CNCT, qui précise que 81 % ne demandent pas de carte d’identité aux jeunes), doit-on les laisser s’intoxiquer en pleine croissance avant qu’ils puissent accéder à la vape ou à d’autres outils de sevrage à leur majorité ? Préservons nos enfants des gommes à la nicotine ! Ah non, pas Dieu, restons dans l’esprit de Charlie.

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C’est difficile d’être aimé par les vapoteurs

Suit un discours de Jean Moiroud, toujours juste et pertinent. Cependant, le vocabulaire choisi pour le présenter est également soigneusement sélectionné pour le discréditer. Ainsi, Jean Moiroud ne dit pas, n’affirme pas ou ne déclare pas, il « s’exonère ». Cela peut sembler anodin comme choix de mots, mais les lecteurs de Charlie Hebdo possèdent un vocabulaire, ce sont souvent des personnes cultivées, et ils savent faire la différence entre affirmer quelque chose et s’exonérer de ses propos.

De plus, les participants à la manifestation ont fourni des chiffres et des faits, affirment-ils (et on a tendance à leur faire confiance, étant donné que c’est littéralement leur activité), au journaliste, qui n’en a pas tenu compte. C’est regrettable.

L’esprit de Charlie, c’est certes de se moquer, parfois de manière blessante, mais c’est surtout une ironie qui découle d’un recul permettant d’avoir une vision globale de la situation. C’est tout sauf un article vindicatif qui donne l’impression, à certains moments, d’être écrit sur commande. Ce qui, pour Charlie, serait une hérésie. On peut reprocher beaucoup de choses à Charlie, mais rarement d’être injuste.

Je suis toujours Charlie. L’auteur de cet article l’est-il aussi ? J’en doute un peu.

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