Une organisation italienne peu médiatisée, le Medical Observatory on Harm Reduction, a adressé une lettre ouverte au commissaire européen à la Santé, afin de critiquer le rapport d’évaluation de la TPD. Voici un aperçu de cette structure dont les financements sont peu transparents.
Sommaire
Le MOHRE critique une évaluation « basée sur des opinions »
Le 9 avril 2026, le Medical Observatory on Harm Reduction (MOHRE) a envoyé une lettre ouverte à Olivér Várhelyi, commissaire européen à la Santé. Ce courrier fait suite à la publication du rapport d’évaluation de la Tobacco Products Directive (TPD), qui a suscité de vives réactions parmi des experts à l’échelle mondiale. Parmi les points controversés, on trouve l’efficacité du vapotage comme méthode pour arrêter de fumer, qualifiée de « hautement discutable », ainsi que la promotion de la théorie de la passerelle. Ces affirmations sont en désaccord avec un grand nombre de données scientifiques disponibles.
Dans son message, le MOHRE souligne que la Commission européenne avait promis une évaluation impartiale et basée sur des faits, mais a au contraire produit des conclusions « basées sur des opinions, des hypothèses et des lacunes manifestes dans les preuves. » L’observatoire accuse la Commission de négliger la science, en adoptant « la dichotomie “arrêter ou mourir” » et en ignorant complètement le concept essentiel de réduction des risques liés au tabagisme.
« Les déclarations officielles de la Commission ont minimisé le potentiel des produits sans fumée en matière de réduction des risques, contredisant ainsi les recommandations des autorités sanitaires internationales et des chercheurs indépendants, mettant ainsi en danger les consommateurs. » poursuivent les signataires de la lettre, qui demandent désormais à l’Union européenne d’adopter une approche différente.
Le Medical Observatory on Harm Reduction appelle donc la Commission européenne à :
- Adopter une approche comparative, non absolue, dans l’évaluation des risques, en reconnaissant que la comparaison pertinente pour la santé publique doit se faire non pas entre les produits sans fumée et l’absence d’utilisation, mais entre les produits sans fumée et les cigarettes classiques, qui continuent à causer la mort de 700 000 Européens chaque année ;
- Inclure dans la révision de la TPD les preuves fournies par des autorités sanitaires indépendantes — y compris Public Health England, la FDA américaine et les chercheurs ayant étudié le cas suédois — au lieu de se baser uniquement sur des avis sélectifs qui négligent des décennies de recherches évaluées par des pairs concernant l’arrêt assisté du tabac ;
- Reconnaître que les divers profils d’addiction nécessitent une gamme d’outils thérapeutiques, et qu’imposer une seule méthode pour arrêter de fumer — l’arrêt total et immédiat — revient à ignorer tout ce que la médecine comportementale et les neurosciences de l’addiction ont appris au cours des trente dernières années ;
- Réaliser une analyse approfondie de l’expérience suédoise, qui constitue l’expérience naturelle la plus rigoureuse en Europe concernant l’impact de la réduction des risques liés au tabac sur la santé des populations. Ignorer cette expérience ne relève pas d’une prudence scientifique : c’est une omission qui devrait être justifiée explicitement.
Il reste à déterminer qui est véritablement le MOHRE et quels intérêts il défend en s’adressant à la Commission européenne.
Une organisation peu transparente
Le Medical Observatory on Harm Reduction est une organisation italienne établie à Rome, qui se présente comme un « observatoire médico-scientifique sur la réduction des risques en médecine ».
La plupart des membres de son comité scientifique sont des médecins italiens. Parmi les rares membres étrangers figure Konstantinos Farsalinos, un chercheur grec reconnu dans le domaine de la cigarette électronique, dont un groupe de médias internationaux (Le Monde, The Examination et Reporters United) a mis en lumière d’éventuels conflits d’intérêts avec l’industrie du tabac et du vapotage. Ce scientifique aurait reçu des paiements de Juul, et le laboratoire de l’université où il a travaillé aurait bénéficié de financements de Nobacco, une entreprise grecque de cigarette électronique, qui est également le distributeur exclusif des produits de British American Tobacco depuis 2018. Ces financements n’ont jamais été mentionnés par le chercheur dans ses publications scientifiques. En outre, une étude coécrite par Farsalinos a été rétractée par l’European Respiratory Journal après que des co-auteurs ont omis de déclarer leurs conflits d’intérêts.
Le MOHRE dispose également d’un groupe parlementaire officiel à la Chambre des Députés italienne depuis avril 2024. Ce groupe, principalement composé d’élus issus de la coalition au pouvoir, a pour objectif de « reprendre les rênes de la prévention pour réduire le fardeau sanitaire et social des maladies en agissant sur l’information, la littératie de la population et la réduction des inégalités. »
Aucun document public n’offre de détails sur les financements du Medical Observatory on Harm Reduction. Toutefois, son site internet indique que l’observatoire propose divers services aux professionnels. Parmi ces services figurent des « études et recherches avec son propre comité scientifique », des « partenariats médiatiques », ainsi que l’organisation de conférences, congrès, ateliers, séminaires, événements institutionnels et publics, ou encore le « développement d’outils de communication ». Aucune mention n’est faite d’une quelconque indépendance vis-à-vis de l’industrie du tabac.
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