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Camille Bordelon

Jean-Kevin : Une vie courte mais pleine d’humour à découvrir !

Le protagoniste de notre récit du vendredi partage avec vous une vision du futur, qu’il espère ne pas susciter de rires.

Première cigarette

Lorsque Jean-Kevin alluma sa première cigarette, il était prêt à tout, que ce soit des nausées, des vertiges, mais il ne s’attendait pas à ce que quelqu’un frappe à sa porte avec tant de force.

« Bonjour, Monsieur ».

Instinctivement, Jean-Kevin se retourna : pour lui, « Monsieur » évoquait son père. À 14 ans, il se considérait plutôt comme un « jeune homme », un « gamin », ou encore un « foutu branleur, à mon époque les jeunes… ». Mais non, c’était bien lui qui se faisait interpeller de manière étrange, à la fois agressive et polie.

« Qui êtes-vous ? » Jean-Kevin savait poser des questions pertinentes, il avait d’excellents résultats à l’école. Il pouvait écrire son nom en moins de dix minutes et sans fautes. Lorsqu’il se présentera à son baccalauréat dans quatre ans, en 2041, il pourra se décerner un diplôme correctement orthographié. C’était important pour lui.

Son père lui avait raconté qu’à son époque, il fallait passer un examen. Cependant, l’éducation nationale avait décidé que seul l’élève pouvait juger de ses connaissances, et le ministre avait déclaré que désormais, l’élève serait le seul à décider s’il méritait le diplôme ou non. Le taux de réussite était alors monté à 100 %, un chiffre qui n’a été dépassé que l’année suivante, atteignant 107 % après que l’enseignement des mathématiques ait été rendu facultatif.

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Le chef du petit groupe en blouse blanche se présenta. « Dr Roul, responsable de l’unité mobile d’euthanasie ».

Jean-Kevin ressentit immédiatement une inquiétude. « Quelqu’un est malade ? »

Le Dr Roul le fixa d’un regard glacial « Vous fumez, donc vous êtes condamné, nous sommes ici pour abréger vos souffrances ».

Jean-Kevin s’interrogea à voix haute : « N’est-ce pas un peu hâtif ? Je fume juste une clope, pour l’instant, et le tabac tue un fumeur sur deux, comment pouvez-vous être sûr que c’est moi ? »

Le Dr Roul répliqua : « Même si vous ne mourez pas, ce sera encore pire. Dents jaunies, haleine de cheval, problèmes d’érection… »

Jean-Kevin ne semblait pas convaincu. « Je ne suis pas persuadé ».

Le Dr Roul insista. « Fumer, c’est tellement dépassé, vous allez être la risée de vos camarades ».

Dernière bouffée

Un instant, cette pensée fit hésiter Jean-Kevin. C’est vrai que cela posait un dilemme. Son avenir était déjà tracé : d’abord jouer les idiots dans une ou deux émissions de télé-réalité, puis se lancer dans une carrière d’influenceur. Il avait des contacts dans l’équipe de communication du Hellfest pour débuter. Il n’aimait pas le métal, mais eux non plus, donc cela lui allait.

Mais l’adolescent se ressaisit. « Non, ne vous inquiétez pas, ça ira, c’était juste pour essayer, je ne recommencerai pas. Et au pire, si j’ai encore envie, je passerai à la vape ».

Le Dr Roul blêmit. « Nous devons joindre vos parents de toute urgence ».

« Quoi, vous voulez me dénoncer ? ». Jean-Kevin s’amusait déjà à imaginer la réaction de ses parents lorsqu’on les dérangerait pour cela.

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Mais le Dr Roul ne montra même pas un sourire. « Non. Votre obstination à voir des avantages dans le vapotage, malgré nos avertissements, indique que vous n’avez pas les capacités mentales nécessaires pour prendre une décision inévitable. Pour votre bien-être, nous allons informer vos parents que votre dossier a reçu un avis favorable et urgent. Nos collègues viendront vous voir demain ».

Jean-Kevin ne riait plus. « Demain ? Et pourquoi vos collègues ? »

Le Dr Roul se dirigeait déjà vers la sortie. Sans se retourner, il se permit d’expliquer. « Nos collègues des services vétérinaires. Nous nous occupons des humains, pas des vapoteurs ».

Je me réveillai de ce cauchemar en sueur, probablement à cause de la chaleur accablante. En me dirigeant vers la cuisine pour prendre un verre d’eau, le souvenir de cette vision me laissait un goût amer dans la bouche. Tout semblait si crédible.

C’est à la moitié de mon verre que je réalisai l’élément qui ridiculisait toute cette histoire. Crédible ? N’importe quoi, pensai-je en retournant me coucher. Qui pourrait croire une telle chose ?

Toute cette histoire n’avait pas de sens. Jamais, au grand jamais, mes parents ne m’auraient appelé Jean-Kevin.

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