L’Anses est un organisme aux multiples compétences : rédiger des rapports, se contredire dans ses propres conclusions, mais également assurer des cours de révision en anglais, sciences et français pour les collégiens.
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Les personnes sérieuses s’adonnent au billard.
Le rapport tant attendu de l’Anses sur le vapotage a enfin vu le jour, et à sa lecture, une effervescence palpable s’est emparée des professionnels qui y ont eu accès. Car, tout en conservant son sérieux et la gravité inhérente à un organisme officiel, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail a délicatement encouragé les vapoteurs en affirmant : « vous aviez presque tous raison ».
Des larmes de joie ont jailli des yeux fatigués par un quotidien éprouvant, ornant des visages prématurément marqués par le stress. Enfin, la reconnaissance était là, et elle revêtait une beauté froide et austère, telle une princesse lointaine se penchant vers vous avec un sourire bienveillant, tout en tenant un rapport minutieusement élaboré.
Cependant, la princesse a son gardien. Dans ce cas précis, le gardien était le communiqué de presse. Ce dernier peut, en résumé, se traduire ainsi : « La vape est responsable d’infarctus chroniques, de cancers, de lèpre, de gale, et les bactéries résistent à la peste ». Selon certaines rumeurs, ils auraient même envisagé d’expliquer que « l’idée de la vape est née chez Jeffrey Epstein durant un rituel sacrificiel » jusqu’à ce que quelqu’un leur rappelle que « cela pourrait être un peu trop évident ».
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C’est vraiment un exploit. Pourquoi donc ? Comment expliquer cela ? C’est ce qu’on appelle, en bon français, et tout en gardant une distance respectueuse du quai Conti, le media framing. Ou le cadrage médiatique, si l’on préfère des termes plus archaïques. Selon la définition officielle, le media framing est « la façon dont les médias sélectionnent certains aspects d’une réalité et les mettent en avant pour influencer la compréhension du sujet par le public ».
Dans notre cas, ce ne sont pas tant les médias que le communiqué de presse lui-même qui pose problème. Mais l’objectif reste le même : prendre une information et l’interpréter de manière à en donner une impression inverse sans que cela soit trop apparent. Mais, chers médias, ne vous détendez pas trop vite : un véritable journaliste, tel qu’Albert Londres ou Joseph Kessel, aurait posé le communiqué sur son bureau et se serait plongé dans la lecture du rapport complet, en murmurant « voyons voir » d’un air songeur. Il existe des tomes entiers sur ces figures emblématiques, alors qu’il est peu probable qu’une biographie soit écrite sur Kevin, stagiaire à BFMTV.
Mais comment réaliser un media framing ? Tout simplement en recourant à ce qu’on appelle le cherry picking. Malheureusement, il est regrettable que le Vaping Post soit inaccessible aux mineurs, car cet article aurait été parfait pour aider vos adolescents à préparer leur contrôle surprise d’anglais prévu pour jeudi prochain.
Le temps des cerises
Le cherry picking, donc, qui dans le langage de Chateaubriand, Hugo, Baudelaire, Flaubert, Voltaire, Rousseau, Eddy Mitchell, Giono, Camus, Proust, de Nerval et Sainte-Beuve, se traduit par « cueillette de cerises », mais que l’on préfère formuler dans le jargon de Taylor Swift pour ne pas lui compliquer la tâche d’acheter un troisième jet privé, consiste à… Non, je vous l’expliquerai plus bas, car on va encore se plaindre que j’écris des phrases trop longues.
Le cherry picking, donc, est l’art de sélectionner soigneusement des éléments qui soutiennent votre discours tout en écartant ceux qui le contredisent.
Exemple : « Le ministre prétend écouter le peuple, mais ensuite il fait fi de ce qui lui a été dit et agit selon son bon vouloir », ce qui explique son manque de popularité et les résultats des sondages pour les prochaines élections, devient « Le ministre est à l’écoute du peuple », rendant ainsi son impopularité injuste et amenant à réfléchir sur la capacité du peuple à voter correctement.
C’est possiblement probable
Soit. Mais la situation est un peu plus complexe ici, tant le rapport est en faveur de la vape. Eh bien non, grâce à cette merveilleuse invention du génie humain que le monde entier nous envie : la linguistique. Savez-vous faire la distinction entre possible et probable ?
En science, ces deux termes ont une définition très précise, mais présentée de manière assez floue.
Le plus amusant, c’est « possible ». « Possible » signifie littéralement qu’il n’en existe pas, mais que si cela devait se produire, cela ne contreviendrait à aucune loi connue de la nature ou de la physique. En d’autres termes, « cela n’existe pas, mais rien n’empêche que cela existe ».
Dans le rapport de l’Anses, ce qu’il faut retenir, en langage courant, c’est que « personne ne développe de cancer à cause de la vape. Mais si un jour on en trouve un, on pourra dire “on vous l’avait bien dit” ». C’est une précaution qui remonte au début du vingtième siècle, lorsque les physiciens affirmaient depuis des siècles que l’espace et le temps étaient absolus, jusqu’à ce qu’Albert Einstein arrive et déclare « alors, les gars, j’ai une mauvaise nouvelle… ».
C’est probablement possible
Le terme probable est un peu moins amusant, mais reste tout de même intéressant. Cela signifie « alors là, nous en sommes sûrs, il y en a, nous l’avons observé, mais si quelqu’un découvre un jour que cela n’est pas lié, on pourra dire “on vous l’avait bien dit” ».
Pour combiner les deux, on peut scientifiquement avancer qu’il est possible qu’il existe de la vie ailleurs dans l’univers, mais qu’il est probable que les soucoupes volantes aperçues par Kevin jeudi dernier, en sortant du Macumba, étaient surtout le fruit d’un bon état d’ébriété. Ainsi, si nous sommes seuls dans l’univers mais que Kevin a vu des extraterrestres… Ah, finalement, cela ne fonctionne pas.
Dans le cas du communiqué de presse de l’Anses, les acrobaties sont telles qu’on pourrait envisager d’envoyer son rédacteur représenter la France dans la discipline de gymnastique des prochains JO.
Reste à se poser la question : pourquoi ? L’Anses a tenté d’expliquer cela. Mais on comprend que, en réalité, c’est une approche délicate, car à l’Anses, ils ont pensé : « les vapoteurs sont tellement habitués à être critiqués qu’un trop grand nombre de bonnes nouvelles d’un coup pourrait leur causer un choc, prenons les choses avec précaution ». Merci.
Cependant, ce rapport, qui prône l’utilisation de la vape dans le cadre du sevrage tabagique, servira de référence pour les décisions de santé à venir. Et c’est tout ce qui importe. Les dommages causés par la couverture médiatique ne seront pas durables, la presse est déjà passée à autre chose.
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Camille est une passionnée de tendances technologiques et d’actualité. Elle adore décrypter les évolutions de la vape pour les rendre accessibles à tous. Son objectif ? Vous tenir informé des moindres changements qui impactent l’univers de la vape.