Le vapotage est-il néfaste pour les dents ? Une méta-analyse fournit des éléments de réponse, bien que ceux-ci soient plus nuancés que prévu. Analyse détaillée.
- Les recherches sur l’impact du vapotage sur la santé dentaire comportent plusieurs failles.
- En général, le vapotage semble moins nocif pour les dents que le tabagisme.
- Il est essentiel de mener davantage d’études pour évaluer les dommages spécifiquement liés au vapotage, indépendamment du passé tabagique des sujets.
Sommaire
Focus sur le vapotage et la santé dentaire
Cette semaine, une nouvelle méta-analyse intitulée The impact of e-cigarette use on periodontal health: a systematic review and meta-analysis1 a été diffusée dans la revue médicale renommée, Nature. Cette étude s’est intéressée aux conséquences de l’usage de la cigarette électronique sur la santé parodontale, autrement dit, la santé des gencives et des structures de soutien des dents. Plusieurs grands médias, y compris en France avec la chaîne BFMTV, ont relayé cette étude sous des titres plutôt alarmants comme : « Vapotage : ce n’est pas bon pour les dents ! ».
Une étude anglaise alerte sur la dangerosité du vapotage sur la santé buccodentaire pic.twitter.com/Kgab5SV78h
— BFMTV (@BFMTV) February 18, 2025
Une méta-analyse qui soulève des questions
L’objectif d’une méta-analyse est de compiler et d’analyser plusieurs études portant sur un même thème pour en tirer une synthèse globale. Les chercheurs britanniques qui ont mené cette méta-analyse ont examiné un total de 1 464 articles répondant à leurs critères de recherche. Après élimination des doublons, 1 020 articles ont été retenus, permettant d’identifier 40 études pertinentes. Il est important de noter que sur ces 40 études, 23 ont été jugées à risque de biais « insatisfaisant » ou « élevé ». Cela signifie que les conclusions de plus de la moitié des études analysées doivent être considérées avec prudence. Seize autres études présentaient un risque de biais « satisfaisant », et une seule était considérée à faible risque de biais.
Critères de santé parodontale
Les études sélectionnées pour la méta-analyse ont évalué plusieurs critères, dont :
- La profondeur des poches parodontales (PPD) : cela mesure l’espace entre la gencive et la dent. Une profondeur accrue indique un risque plus élevé de maladie parodontale.
- La perte osseuse marginale (POM) : elle évalue la dégradation de l’os qui supporte les dents.
- Le niveau d’attache clinique (NAC) : cela concerne la perte de l’attachement des dents aux tissus voisins.
- Les indices gingivaux (IG) : ils mesurent le degré d’inflammation des gencives.
- Le saignement lors du sondage (SAS) : il s’agit de vérifier la présence ou non de saignements lors de l’examen clinique des gencives, indicatif d’une inflammation ou d’une maladie.
- Les indices de plaque (IP) : ils évaluent la quantité de plaque dentaire présente sur les dents.
Les véritables conclusions de la méta-analyse
En ce qui concerne la profondeur des poches parodontales, les auteurs de la méta-analyse ont conclu à une absence de différence significative entre les vapoteurs et les anciens fumeurs/non-fumeurs. Les fumeurs actuels présentaient, en revanche, une PPD plus élevée.
Il en va de même pour la perte osseuse marginale, où aucune différence notable n’a été trouvée entre les utilisateurs de cigarettes électroniques et les non-fumeurs/anciens fumeurs. Les fumeurs actuels montraient, quant à eux, une perte osseuse plus prononcée.
Le niveau d’attache clinique était inférieur chez les vapoteurs par rapport aux non-fumeurs/ex-fumeurs. Les fumeurs actuels étaient encore une fois les plus affectés.
Concernant les indices gingivaux et le saignement lors du sondage, les résultats étaient moins clairs, les vapoteurs présentant moins de saignements que les anciens fumeurs/non-fumeurs, tandis que les fumeurs actuels saignaient légèrement plus que les vapoteurs. Cependant, selon d’autres études non incluses dans cette méta-analyse, les résultats étaient contradictoires.
Enfin, pour les indices de plaque dentaire, les vapoteurs en avaient davantage que les non-fumeurs/anciens fumeurs, mais moins que les fumeurs actuels.
Marqueurs biologiques
Certaines études incluses dans la méta-analyse ont également mesuré des marqueurs biologiques liés à l’inflammation des gencives. Globalement, comme pour d’autres critères mentionnés ci-dessus, les niveaux de marqueurs inflammatoires étaient plus élevés chez les fumeurs que chez les vapoteurs. Les utilisateurs mixtes, c’est-à-dire ceux qui fument et vapotent simultanément, présentaient des marqueurs spécifiques qu’ils étaient les seuls à posséder.
Il est à noter que deux marqueurs pro-inflammatoires (IL-1β et TNF-α) étaient plus élevés chez les vapoteurs que chez les non-fumeurs, mais les études les ayant traités ne les ont pas comparés à ceux des fumeurs.
Le microbiome buccal : des conclusions précaires
Le dernier aspect étudié dans cette méta-analyse était le microbiome buccal, c’est-à-dire l’ensemble des bactéries présentes dans la bouche. À ce niveau, les vapoteurs étaient désavantagés, car certaines bactéries nocives étaient présentes en plus grand nombre que chez les fumeurs et les non-fumeurs.
Cependant, les chercheurs ont mis en garde contre plusieurs risques concernant les cinq études qui ont examiné ce sujet. Trois d’entre elles n’ont pas vérifié biologiquement le statut tabagique des participants, se basant uniquement sur leurs déclarations. Cela signifie qu’une personne qui aurait pu dissimuler son tabagisme passé en ne le déclarant pas, aurait été classifiée comme n’ayant jamais fumé, ce qui fausse évidemment tous les résultats. Des deux études restantes, l’une n’a pas publié ses résultats, et l’autre a révélé des taux de monoxyde de carbone lors de tests de contrôle dans le groupe des vapoteurs n’ayant jamais fumé, ainsi que chez les non-fumeurs. « Cela suggère que certains participants étaient des fumeurs actuels, compte tenu de la demi-vie relativement courte du monoxyde de carbone. Cela compromet les résultats en confirmant la présence d’un facteur de confusion important », expliquent les auteurs de la méta-analyse.
Un risque modéré, mais une vigilance nécessaire
Comme mentionné en introduction, cette méta-analyse révèle de nombreux problèmes méthodologiques dans les études destinées à évaluer les impacts du vapotage sur la santé parodontale. Ses auteurs soulignent que leur « principal problème » est que le groupe des vapoteurs est « confondu par le tabagisme », signifiant que « les personnes classées comme vapoteurs fumaient également du tabac ».
En gardant cela à l’esprit, ils indiquent tout de même que les résultats parodontaux cliniques pour les vapoteurs étaient « plus proches de ceux des non-fumeurs/anciens fumeurs, les fumeurs ayant systématiquement de moins bons résultats selon différentes mesures ». Ils concluent :
« Dans les limites des études incluses, qui présentent un risque élevé de biais, généralement dû à des facteurs de confusion, nous avons trouvé des preuves que l’utilisation de cigarettes électroniques avait certains impacts sur les paramètres parodontaux par rapport aux non-fumeurs/anciens fumeurs, mais que les fumeurs de tabac avaient systématiquement les pires résultats ».
Cette méta-analyse rappelle deux choses importantes. Premièrement, le vapotage n’est pas sans risques. Toutefois, ses effets néfastes sur la santé sont moindres que ceux du tabagisme. Deuxièmement, les grands médias ont tendance à privilégier les titres alarmistes plutôt que ceux qui se contentent de présenter les faits. Même lorsque l’article ou le reportage qui les accompagnent adoptent un ton plus modéré.
En juillet dernier, une étude menée par le Center of Excellence for the Acceleration of Harm Reduction (CoEHAR), concluait que la quantité de plaque dentaire était nettement inférieure chez les vapoteurs par rapport aux fumeurs.
1 Tattar, R., Jackson, J. & Holliday, R. The impact of e-cigarette use on periodontal health: a systematic review and meta-analysis. Evid Based Dent (2025). https://doi.org/10.1038/s41432-025-01119-6
2 Giusy Rita Maria La Rosa, Andrea Di Stefano, Deborah Gangi, Rosalia Emma, Valeriu Fala, Amaliya Amaliya, Hasan Guney Yilmaz, Roberto Lo Giudice, Sebastiano Antonio Pacino, Eugenio Pedullà, Renata Górska, Jan Kowalski, Riccardo Polosa, Dental plaque quantitation by light induced fluorescence technology in exclusive Electronic Nicotine Delivery Systems (ENDS) users, Journal of Dentistry, 2024, 105223, ISSN 0300-5712, https://doi.org/10.1016/j.jdent.2024.105223.
Nouvelles recherches scientifiques sur le vapotage
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Camille est une passionnée de tendances technologiques et d’actualité. Elle adore décrypter les évolutions de la vape pour les rendre accessibles à tous. Son objectif ? Vous tenir informé des moindres changements qui impactent l’univers de la vape.