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Camille Bordelon

France : Découverte alarmante sur les sachets de nicotine !

60 Millions de Consommateurs a récemment partagé des données préoccupantes sur les pochettes de nicotine, bien que les détails de leurs méthodes d’analyse restent flous.

En résumé :

  • Le magazine 60 Millions de Consommateurs a examiné diverses pochettes de nicotine.
  • Des traces de substances nocives ont été trouvées en différentes quantités.
  • Aucun détail n’a été fourni sur les protocoles d’analyse utilisés.
  • Le principal contaminant identifié est communément retrouvé dans l’environnement, notamment dans l’eau potable.
  • Des tests menés par un autre laboratoire indépendant ont montré des résultats largement différents de ceux rapportés par 60 Millions de Consommateurs.

Des friandises toxiques, ces pochettes de nicotine ?

La révélation de l’Institut national de la consommation (INC) via son magazine 60 Millions de consommateurs n’a pas été une bonne nouvelle pour les producteurs de pochettes de nicotine. L’article intitulé « Pochettes de nicotine : des produits à exclure » est le résultat d’une collaboration avec le Comité national de lutte contre le tabagisme (CNCT). L’article détaille les résultats d’analyses sur la composition de diverses pochettes de nicotine de plusieurs fabricants.

L’étude a souligné non seulement l’absence de certaines informations réglementaires obligatoires mais aussi des écarts significatifs entre les niveaux de nicotine affichés par les fabricants et ceux détectés par l’INC. « Les concentrations de nicotine que nous avons mesurées étaient systématiquement inférieures à celles annoncées, ce qui indique un manque de contrôle de la part des fabricants », précise 60 Millions de Consommateurs.

Les analyses ont également révélé la présence de « arsenic, plomb, antimoine, molybdène et chrome » dans des proportions variables selon les produits. Bien que le magazine note que « ces métaux sont naturellement présents dans notre environnement », il insiste sur le fait que leur présence dans les produits est « évitable », certains produits en contenant jusqu’à 15 fois moins.

La présence de saveurs et d’édulcorants a aussi été critiquée, les associations les ayant qualifiés de « véritables confiseries ! » en raison de leur concentration.

« Étant donné que ce produit n’est pas reconnu comme une aide efficace au sevrage, la présence de ces pochettes de nicotine sur le marché pose question », conclut le magazine, avant d’ajouter qu’elles « posent un risque d’addiction, particulièrement pour les jeunes, avec des niveaux de nicotine mal contrôlés et parfois très élevés, sans parler des contaminants possibles ».

La défense des fabricants

Les pochettes de nicotine de la marque ZYN, produites par Philip Morris International, étaient parmi les produits examinés par l’INC.

Peu après la publication de l’article de 60 Millions de Consommateurs, ce géant du tabac a nié la vente de ses pochettes de nicotine en France, expliquant que « l’entreprise ne commercialise pas de produits nicotiniques oraux en France » et qu’elle ne peut donc pas « confirmer ni l’origine, ni l’authenticité des pochettes testées ». Cependant, il semble possible d’acheter ces pochettes en France, car plusieurs sites de vente en ligne, y compris français, les proposent.

Philip Morris a également critiqué le manque de clarté sur la méthodologie d’analyse utilisée par le magazine, et a demandé à l’INC de fournir la totalité de ses tests et méthodologies, demande restée sans réponse. Notre rédaction a également contacté l’INC, qui s’est contenté de transmettre l’article de son magazine, sans plus de détails sur les analyses effectuées.

Le même problème a été rencontré par D’LICE, dont certains produits ont été ciblés par l’enquête. Jean-François Douenne, directeur général, nous a informés avoir contacté 60 Millions de Consommateurs pour obtenir les analyses, sans succès à ce jour.

En conséquence, les données présentées par le magazine, qui connaît des difficultés financières, doivent être interprétées avec prudence, car il n’est pas possible de vérifier leur exactitude ni de connaître les méthodes d’analyse employées.

Des résultats largement différents des analyses précédentes

Seuls deux composés ont été partiellement détaillés dans l’article : le taux de nicotine et la quantité d’arsenic.

À noterLes rapports d’Eurofins, un laboratoire suédois indépendant spécialisé dans l’analyse des pochettes de nicotine, mentionnent toujours les méthodes utilisées. Pour mesurer l’arsenic, le laboratoire suit les normes ISO 17294-2:2016 et 13805:2014. Pour la nicotine, il utilise la méthode officielle (T-301 mod) de l’agence de santé canadienne.

Selon Eurofins, les pochettes de nicotine du fabricant français contiendraient moins de 0.050 mg/kg d’arsenic, soit 0.02 µg par pochette, soit dix fois moins que ce qu’a trouvé 60 Millions de Consommateurs. Pour les produits ZYN, Eurofins a trouvé un taux d’arsenic similaire à celui des produits D’LICE. Bien que le laboratoire mentionne une marge d’erreur de ± 30 %, les vrais taux d’arsenic se situeraient donc entre 0.035 mg/kg et 0.065 mg/kg, soit entre 0.014 µg et 0.026 µg par pochette, des valeurs toujours très éloignées de celles avancées par l’INC.

Notre exposition quotidienne à l’arsenic

Pour mettre en perspective, selon cancer-environnement.fr, la moyenne journalière d’exposition à l’arsenic pour un Français serait de 0.78 µg/kg, soit une exposition quotidienne « naturelle » de 46.8 µg pour quelqu’un pesant 70 kilos, soit 79 à 234 fois plus que les taux relevés par 60 Millions de Consommateurs dans une pochette de nicotine. Les principales sources seraient l’eau de boisson (20 %) et les boissons non alcoolisées (10 à 15 %).

L’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (ANSES) précise dans un rapport que « seul l’arsenic inorganique est toxique pour l’homme ». Selon les études, cet arsenic inorganique représenterait de 2 à 6 % de l’arsenic total. La dose hebdomadaire tolérable serait de 15 µg d’arsenic inorganique/kg p.c., soit pour une personne de 60 kg, une dose journalière de 128 µg. Avec les chiffres de l’INC, il faudrait s’exposer à une quantité d’arsenic entre 217 et 640 fois supérieure à celle contenue dans une pochette pour dépasser cette limite. Et cela, en supposant que l’INC ait mesuré l’arsenic inorganique ! Dans le cas contraire, il faudrait une exposition entre 3 616 et 10 847 fois à la quantité détectée par 60 Millions de Consommateurs en une seule journée.

Quant aux taux de nicotine relevés par le magazine, les résultats restent énigmatiques. Par exemple, les pochettes Citron Menthe de D’LICE contiendraient 1.1 mg de nicotine au lieu des 4 mg annoncés par le fabricant, alors qu’Eurofins a trouvé 3.6 mg, une valeur très proche de celle annoncée par le liquidier français.

Il y a quelques mois encore, 60 Millions de Consommateurs produisait un excellent dossier sur les aides au sevrage tabagique, en collaboration avec plusieurs experts en cigarette électronique, pour un article objectif. Il semble cependant que moins d’efforts aient été consacrés à cette publication sur les pochettes de nicotine, peut-être en raison du partenariat avec le CNCT pour l’occasion, ou parce que les mêmes méthodes d’analyse qu’en 2013 lors de la publication d’un article anti-vape, rapidement critiqué par de nombreux scientifiques, ont été utilisées.

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