Lorsque les découvertes scientifiques entrent en conflit avec les intérêts de grandes industries, les réactions peuvent être extrêmes et parfois hostiles.
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Le métier de chercheur est-il devenu dangereux ?
De nos jours, l’intimidation est une réalité courante dans plusieurs sphères de la vie, qu’elle soit personnelle, professionnelle ou publique. Les scientifiques ne sont pas épargnés par ce phénomène, bien au contraire. Récemment, un groupe de six chercheurs a publié une étude1 exposant les diverses intimidations subies par des scientifiques dont les travaux contrarient les intérêts de puissantes industries telles que celles du tabac, de l’alcool ou des aliments ultra-transformés.
Cette étude a recensé toutes les publications scientifiques abordant des cas d’intimidation. Après avoir éliminé les doublons et exclu les documents ne répondant pas à leurs critères, les chercheurs ont analysé 64 sources différentes. Parmi celles-ci, près de deux tiers étaient des articles revus par des pairs, tandis que les autres comprenaient des articles de presse, des blogs, un séminaire, une étude de cas, un livre et un communiqué de presse.
Les chercheurs ont identifié dix principales formes d’intimidation :
- Le discrédit public : Il s’agit de l’intimidation la plus fréquente, où les auteurs ou leurs recherches sont publiquement critiqués. Les termes utilisés contre eux incluent « fascistes », « extrémistes », « nazis », « démons de l’excès de zèle et de la droiture morale », « prohibitionnistes », « zélotes », « nannyistes », « fascistes alimentaires », « Gestapo gastronomique », « djihad anti-alimentaire » et « djihadistes de la santé ». D’autres attaques visaient leur intégrité ou leur santé mentale, les traitant de « faux », « indignes de confiance », « fous », ou « avides d’argent ».
- Menaces et poursuites judiciaires : fréquemment employées par Big Tobacco et d’autres industries, comme en Colombie où il fut légalement interdit à un groupe de consommateurs de discuter publiquement des méfaits du sucre, ou en Suisse où un groupe de défense a été poursuivi pour avoir traduit le titre d’un rapport.
- Plaintes auprès des autorités : méthode souvent utilisée par l’industrie du tabac qui dépose des plaintes contre des études défavorables à ses produits. L’industrie alimentaire a aussi menacé de couper les financements de l’OMS pour certaines recherches.
- Critiques et pressions sur les chercheurs ou leurs organisations : cela inclut l’envoi de critiques détaillées, la demande des données originales pour réaliser des analyses « appropriées », ou des lettres exigeant l’arrêt des recherches ou la modification des conclusions.
- Surveillance : surtout utilisée par Big Tobacco dans les années 90, cette méthode inclut la mise sur écoute de téléphones et d’ordinateurs, ainsi que des menaces directes envers les familles des chercheurs.
- Demandes d’accès à des informations supplémentaires : utilisée pour retarder ou entraver les recherches.
- Violences physiques ou menaces : ces incidents se produisent majoritairement en dehors de l’Europe et des États-Unis, avec des cas de menaces de mort et d’attaques armées.
- Corruption : impliquant des acteurs de l’industrie du tabac en Inde et au Népal.
- Cyberattaques : bien que peu fréquentes, certaines attaques présumées ont été documentées.
- Cambriolages : vol d’ordinateurs lors d’un cambriolage dans des locaux d’ONG anti-tabac.
Conséquences de ces menaces
Bien que 40 % des sources n’abordent pas les conséquences des intimidations, celles qui le font mentionnent divers impacts négatifs.
Les menaces de poursuites judiciaires, les plaintes, le discrédit public, et les demandes d’informations ont réduit la capacité des chercheurs à poursuivre leur travail. Les cyberattaques ont parfois rendu leurs ordinateurs inutilisables, et les actions en justice ont stoppé des recherches ou retardé la mise en œuvre de politiques. Certains chercheurs ont même retiré leur nom des études qu’ils avaient menées, tandis que d’autres ont adopté une approche moins critique envers les industries concernées. Dans les situations les plus extrêmes, des chercheurs ont déménagé ou engagé du personnel de sécurité.
Cependant, certains ont utilisé ces menaces comme un levier pour combattre ces industries, en les dénonçant dans les médias ou en portant plainte.
Dans leurs conclusions, les chercheurs ont souligné que la prédominance de l’industrie du tabac dans leur étude pourrait être due à la disponibilité de documents internes révélés lors de procès dans les années 90, tandis que la sous-représentation de l’industrie de l’alcool pourrait résulter d’un comportement moins agressif ou d’un manque de preuves disponibles.
Une étude révélatrice mais à prendre avec précaution
Cette recherche est certes révélatrice, mais elle doit être interprétée avec prudence. Demander des informations ou des données supplémentaires est une pratique normale en science pour vérifier la validité d’une étude. De plus, bien que certaines plaintes ou actions en justice puissent être perçues comme intimidantes, elles peuvent parfois être justifiées, comme le montre l’exemple de l’industrie du vapotage, où de nombreuses études biaisées ont été publiées.
Enfin, cette étude ne reflète qu’une partie de la réalité, car elle se base sur des articles publiés entre 2000 et 2021, mais les faits rapportés peuvent dater de bien avant cette période. De plus, elle n’examine pas les cas où les plaintes ou les actions judiciaires étaient justifiées.
1 Karen A Evans-Reeves, Britta K Matthes, Phil Chamberlain, Nino Paichadze, Anna B Gilmore, Melissa Mialon, Intimidation against advocates and researchers in the tobacco, alcohol and ultra-processed food spaces: a review, Health Promotion International, Volume 39, Issue 6, December 2024, daae153, https://doi.org/10.1093/heapro/daae153
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