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Camille Bordelon

Vapotage et cancer : une nouvelle étude contestée remet en question les résultats précédents

C’est la deuxième fois en seulement deux mois. Après la rétractation d’une étude associant le vapotage aux AVC en janvier, une revue systématique affirmant que les cigarettes électroniques augmentent le risque de cancer a également été retirée en raison de graves manquements méthodologiques. Parmi les problèmes, on note l’inclusion d’une étude déjà rétractée et des modifications non divulguées du protocole de recherche.

Des résultats alarmants, une méthode défaillante

À la fin de janvier 2026, nous avions fait état de la rétractation d’une étude qui établissait un lien entre l’utilisation de cigarettes électroniques et un risque accru d’accident vasculaire cérébral (AVC). Cette recherche présentait de nombreux défauts : elle évoquait un lien de causalité à partir d’une étude transversale, ne prenait pas en compte les antécédents de tabagisme, et ses intervalles de confiance étaient trop étroits, entre autres. Il y a quelques jours, une revue systématique censée examiner la relation entre le vapotage et le risque de cancer a également été rétractée.

Cette revue a évalué les résultats de dix études impliquant un total de 143 975 participants. Ses conclusions affirmaient que « les utilisateurs de cigarettes électroniques pourraient présenter des incidences plus élevées de certains cancers par rapport aux non-fumeurs et même aux fumeurs de cigarettes classiques. Parmi les cancers les plus souvent rapportés chez les utilisateurs de cigarettes électroniques, on trouvait ceux du col de l’utérus et du sein. »

Pour une fois, la rétractation a eu lieu peu de temps après la publication de l’étude biaisée, car celle-ci avait été publiée en juillet 2025 et n’avait été citée que trois fois depuis.

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Une liste de manquements conséquente

Dans le document de rétractation, le rédacteur en chef de la revue scientifique Journal of Cancer Policy, où l’étude avait été publiée, justifie sa décision. La revue systématique et ses auteurs auraient commis plusieurs erreurs telles que :

  • Des écarts non divulgués par rapport au protocole enregistré et publié, incluant des changements dans les critères d’éligibilité, les types d’études sélectionnées, les groupes de comparaison et les outils d’évaluation sans déclaration claire ;
  • Des incohérences entre la stratégie de recherche annoncée et les études finalement retenues, compromettant la reproductibilité et la traçabilité de la base de preuves ;
  • Une mauvaise classification des types d’études, notamment en considérant des études sur des biomarqueurs et des études transversales comme des études d’incidence de cancer ;
  • Inclusion et évaluation favorable d’une étude qui avait déjà été rétractée ;
  • Des contradictions internes et des divergences dans le nombre d’études citées, la taille des échantillons et les données de résultats ;
  • Des conclusions non soutenues par les preuves hétérogènes et méthodologiquement limitées fournies.

En d’autres termes :

  • Les auteurs avaient enregistré un protocole de recherche qui précisait à l’avance ce qu’ils comptaient faire : types d’études à inclure, critères à utiliser, outils d’évaluation, etc. Puis ils ont finalement modifié cette méthodologie sans en informer dans leur article final. Une telle pratique peut permettre de manipuler les résultats, car il suffit de changer les critères après avoir examiné les données pour choisir ce qui favorise les auteurs ;
  • Les auteurs ont déclaré avoir cherché des études à inclure dans leur travail via cinq bases de données avec certains mots-clés. Cependant, certaines des études qu’ils ont finalement incluses ne correspondaient pas aux critères annoncés, ce qui rend leur travail non reproductible pour vérifier ses résultats ;
  • Lorsqu’ils ont comptabilisé les cas de cancer, au lieu de ne considérer que les nouvelles incidences, c’est-à-dire les nouveaux cas déclarés, ils ont aussi inclus des participants présentant seulement des signes précurseurs de cancers (biomarqueurs), mais sans véritable diagnostic de la maladie ;
  • Ils ont inclus dans leur revue systématique une étude qui avait été rétractée, lui attribuant même une note de qualité favorable ;
  • Les chiffres présentés dans la revue systématique varient selon les sections de l’étude. Le nombre d’études et la taille des échantillons ne concordent pas, et même certains pourcentages ne s’additionnent pas correctement ;
  • Les auteurs concluent que le vapotage peut être lié à un risque accru de certains cancers, mais les études examinées sont trop disparates pour être comparées, méthodologiquement limitées, et même contradictoires.

L’Anses appelle à la vigilance

Pour comparaison, le rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) en France, publié début 2026, s’est également intéressé aux risques de cancer associés à l’utilisation de cigarettes électroniques. L’agence a rappelé que « le développement d’un cancer est un processus souvent long, progressif, et multifactoriel », et que les cigarettes électroniques, apparues il y a environ quinze ans, « ne permettent pas d’évaluer [le risque de cancer] à partir des données humaines actuelles, issues d’études menées sur des durées d’exposition limitées (de quelques mois à quelques années dans les études examinées). »

Elle a conclu que « bien que certains effets observés requièrent une vigilance, ils ne permettent pas de conclure à un éventuel effet cancérigène de la cigarette électronique à ce jour. Toutefois, l’apparition de certaines modifications biologiques compatibles avec le développement de tumeurs est envisageable. »

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