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Camille Bordelon

Cancer du poumon : une étude controversée sur l’anti-vape soulève des questions méthodologiques

Une recherche effectuée aux États-Unis indique que le fait de vapoter tout en fumant pourrait tripler le risque de développer un cancer du poumon à un stade précoce. Cependant, cette étude cas-témoins présente des lacunes majeures : aucune chronologie précise n’est fournie, les groupes comparés sont très disparates, et la période de suivi de huit ans est insuffisante pour une maladie qui met généralement entre 20 et 30 ans à se déclarer.

À retenir

  • Une recherche américaine conclut que le vapotage associé au tabagisme accroît les risques de cancer pulmonaire ;
  • Les groupes étudiés par les chercheurs étaient très déséquilibrés ;
  • Le vapotage a été pointé du doigt comme un facteur de cancer alors qu’il est possible que l’utilisation de la cigarette électronique ait commencé après le diagnostic du cancer ;
  • L’étude a été publiée dans une revue open-access qui opère selon un modèle pay-to-publish.

Un mois après l’Anses, une étude américaine affirme le contraire

L’usage de la cigarette électronique augmente-t-il le risque de cancer du poumon ? Alors même qu’un rapport français de l’Anses1, publié le mois dernier, stipulait que « à ce jour, aucune étude sur les utilisateurs de cigarette électronique n’a démontré le développement de tumeurs », une étude récente aux États-Unis2 semble soutenir le contraire. Le problème est que, comme souvent avec ce type de recherche, les conclusions des auteurs reposent sur des données insuffisantes pour établir une telle affirmation. En effet, cette recherche est une étude cas-témoins. Ce format d’étude, qui est de nature observationnelle, ne permet pas d’affirmer une causalité. En analysant les résultats, on comprend pourquoi.

Méthodologie

Les chercheurs ont exploité les données de dossiers médicaux électroniques du Ohio State University Medical Center. Deux groupes ont été constitués : les « cas », composés de 256 individus de moins de 50 ans, tous diagnostiqués avec un cancer du poumon, et les « témoins », qui totalisaient 2 921 personnes sans cancer.

Dans le groupe des cas, on trouvait 7,8 % de vapo-fumeurs (ceux qui vapotent et fument simultanément), 69,9 % de fumeurs exclusifs, et 22,3 % de non-fumeurs. Pour le groupe témoin, on dénombrait 1,5 % de vapo-fumeurs, 37,8 % de fumeurs exclusifs, et 60,7 % de non-fumeurs. L’intention des chercheurs était d’examiner le rôle du vapotage et du tabagisme dans le développement précoce du cancer du poumon.

A l’issue de leurs analyses, les auteurs ont conclu que « la combinaison du tabagisme et du vapotage accroît de manière significative le risque de cancer du poumon chez les adultes de moins de 50 ans ». Ils affirment même que ce risque est « presque trois fois plus élevé […] chez ceux qui associent vapotage et tabagisme par rapport à ceux qui fument uniquement. »

Des biais méthodologiques importants

Cette étude est entachée de plusieurs biais. Tout d’abord, comme mentionné précédemment, le format cas-témoins, par sa nature même, ne permet pas d’établir un lien de causalité. Pourtant, les chercheurs ont utilisé un langage causal tout au long de leur exposé.

De plus, la composition des groupes soulève des questions. Alors que 77,7 % des « cas » souffrant de cancer consomment du tabac, seulement 39,3 % fument dans le groupe témoin. Les chercheurs ont donc mis en comparaison l’incidence du cancer des poumons dans une population majoritairement fumeuse et une autre qui ne l’est pas. Il est crucial de rappeler que le tabagisme est responsable de 80 à 90 % des cancers pulmonaires.

On constate également que le groupe des « cas » comptait 63 % de personnes atteintes de BPCO, contre seulement 18 % dans le groupe témoin. Autrement dit, non seulement le groupe des cas était constitué d’un plus grand nombre de fumeurs, mais en plus, il semble qu’ils étaient de plus gros fumeurs, étant donné que la majorité d’entre eux souffrait d’une pathologie liée au tabagisme.

Fait encore plus pertinent, les données issues des dossiers médicaux électroniques ne précisent pas la chronologie du vapotage et du tabagisme. Cela signifie que les utilisateurs doubles pourraient en réalité être des fumeurs ayant commencé à vapoter en réponse à des symptômes ou à un diagnostic. L’usage de la cigarette électronique aurait donc pu débuter après l’apparition du cancer.

Pour couronner le tout, la période de suivi de cette étude s’étend de 2013 à 2021, soit huit ans… pour une maladie, le cancer du poumon, qui nécessite habituellement entre 20 et 30 ans pour se manifester. Sans compter que le vapotage grand public n’existait pas il y a 20 ans, ce qui rend biologiquement impossible qu’il puisse être la cause principale des cancers observés.

Il est donc suggéré que la cigarette électronique pourrait :

  • Provoquer une maladie qui nécessite 20 ans pour se déclarer, en seulement huit ans ;
  • Être responsable d’un cancer qui s’est développé avant même le début du vapotage.

Des chercheurs manifestement opposés à la vape

« commercialisés de manière agressive avec des goûts, des designs et des saveurs attrayants, tous conçus pour accroître la fréquence d’utilisation et la dépendance. » Ils n’hésitaient pas à citer les résultats d’études antérieures concluant que l’utilisation d’une cigarette électronique augmentait les risques de BPCO, de maladies cardiovasculaires, d’AVC, et que l’aérosol du vapotage contenait des substances « connues pour causer des dommages à l’ADN, un stress oxydatif et une inflammation chronique. »

Il ne fait aucun doute que cette nouvelle recherche sera bientôt reprise dans d’autres études défavorables au vapotage. Les scientifiques peu scrupuleux ont souvent tendance à se référer aux travaux de leurs collègues pour justifier les leurs.

Cette étude américaine a été publiée dans la revue Frontiers in Oncology, une revue open-access qui fonctionne selon un modèle pay-to-publish, où les auteurs paient pour être publiés. Bien que ce modèle soit légal et largement utilisé, il est parfois critiqué pour créer des conflits d’intérêts potentiels entre la rigueur éditoriale et la rentabilité.

Sources et références

1 Anses. (2025). Évaluation des risques sanitaires liés aux produits du vapotage. Saisine 2023-AUTO-0023. Maisons-Alfort : Anses, 34 p. Télécharger le rapport

2 Bittoni MA, Carbone DP et Harris RE (2026) Vaping, smoking and risk of early onset lung cancer. Front. Oncol. 15:1741978. doi: 10.3389/fonc.2025.1741978

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