Destiné à fournir des « conseils d’experts » concernant les sachets de nicotine, le récent rapport de l’OMS se transforme en réalité en un inventaire des abus marketing de l’industrie du tabac, tout en plaidant pour l’interdiction d’un produit dont il ne discute jamais le potentiel pour réduire les risques.
Un rapport qui élude délibérément la question de la réduction des risques pour mieux justifier l’interdiction
Le 15 mai 2026, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a mis en ligne un rapport concernant les sachets de nicotine, « en réponse aux requêtes de pays cherchant des conseils d’experts auprès de l’OMS sur ces produits et sur la façon dont les gouvernements devraient agir. » Avec ses 156 pages, le document semble s’éloigner de son objectif initial, se transformant en plaidoyer pour l’interdiction, n’argumentant que sur les abus marketing de certaines entreprises.
Le discours de l’OMS au sujet des sachets de nicotine ressemble à celui qu’elle adopte pour la cigarette électronique : ces produits seraient des outils de l’industrie du tabac, conçus pour créer ou maintenir une dépendance à la nicotine. Alors que l’OMS utilise fréquemment des études scientifiques pour étayer ses affirmations concernant le vapotage, ce rapport, en revanche, se concentre presque exclusivement sur les stratégies marketing de Big Tobacco pour promouvoir les sachets de nicotine.
L’organisation met en avant que cette publicité se fait principalement sur les réseaux sociaux, « un canal de communication prisé par les enfants et les jeunes ». Les techniques marketing de Big Tobacco sont décrites comme étant « étroitement liées à des codes publicitaires familiers des cigarettes, ou s’en éloignant. » Les fabricants de tabac auraient ainsi recours à un marketing lifestyle, un marketing « identitaire », présentant leurs produits comme modernes et technologiques, ou même comme des sources d’énergie. « Le message principal hérité de la publicité conventionnelle pour le tabac est que l’utilisation des sachets de nicotine favoriserait l’appartenance sociale. » L’OMS note également que « souvent, le message vise moins l’image que le consommateur a de lui-même que l’image qu’il désire projeter. »
Toutefois, l’Organisation mondiale de la Santé ne se limite pas à de simples descriptions. Par endroits, elle soulève des questions. Par exemple, malgré la présence de 222 références tout au long du rapport, elle mentionne que « les utilisateurs de sachets de nicotine continuent souvent à fumer des cigarettes dans les endroits où cela est permis, et que relativement peu d’entre eux réussissent à abandonner la cigarette en se tournant exclusivement vers les sachets. » Cette affirmation n’est pas sourcée. Il est important de noter que cette publication démontre un déséquilibre épistémique manifeste. Sur les 222 références scientifiques, presque toutes sont utilisées pour documenter les pratiques marketing de Big Tobacco. La question de l’efficacité des sachets de nicotine en tant qu’outil de réduction des risques ou d’aide au sevrage tabagique n’est tout simplement pas abordée. Pour un rapport censé « fournir des conseils d’experts », l’angle mort est conséquent.
Le cadre du document apparaît également circulaire. Dès le début, les sachets de nicotine sont décrits comme des produits pouvant « créer et maintenir une dépendance [à la nicotine] ». Cette qualification devient le fil rouge du rapport, déterminant ses conclusions : il faut interdire ou réglementer strictement les pouches.
Enfin, il convient de souligner que, tout au long du rapport, l’OMS confond de manière flagrante marketing et produit. Bien qu’il soit indéniable que certains fabricants adoptent une stratégie marketing agressive visant les jeunes, l’organisation utilise ce fait pour juger le produit lui-même.
Cette position peut s’expliquer, en partie, dès les premières pages du rapport, lorsque l’Organisation mondiale de la Santé exprime sa gratitude envers la Gates Foundation pour son financement : une fondation dont les priorités en matière de lutte contre le tabac n’ont jamais intégré la réduction des risques, contrairement à plusieurs chercheurs indépendants qui ont réagi à ce rapport.
Le Dr Jamie Hartmann-Boyce, professeur adjoint en politique et gestion de la santé à l’Université du Massachusetts Amherst et membre de Cochrane, a rappelé qu’il existe « un ensemble important et solide de preuves montrant que donner aux fumeurs de la nicotine sous une autre forme peut les aider à arrêter de fumer ».
De son côté, la professeure Caitlin Notley, experte en sciences de l’addiction à la Norwich Medical School, a souligné que, dans le cadre du sevrage tabagique, offrir plusieurs options aux fumeurs « est essentiel. »
Concernant la question réglementaire, le Dr Harry Tattan-Birch, chercheur principal au département des sciences comportementales et de la santé de l’UCL, reconnaît les préoccupations liées au marketing tout en inversant la perspective. Il indique que si ce rapport de l’OMS « expose les multiples manières dont les entreprises de sachets de nicotine tentent de vendre leurs produits, y compris en visant les jeunes », les gouvernements devraient réglementer ces produits en tenant compte des risques relatifs pour la santé. « Le rapport de l’OMS mentionne que 16 pays ont interdit la vente de sachets de nicotine. Cependant, une interdiction totale de ces produits, alors que les cigarettes restent largement disponibles, pourrait être contre-productive pour la santé publique. »
Les autres actualités sans combustion
Articles similaires
- La Suède en colère contre l’interdiction des sachets de nicotine en France : une réaction inattendue
- France : Vers une interdiction des sachets de nicotine dès mai ?
- France: Bientôt une interdiction des sachets de nicotine? Découvrez le nouveau décret!

Camille est une passionnée de tendances technologiques et d’actualité. Elle adore décrypter les évolutions de la vape pour les rendre accessibles à tous. Son objectif ? Vous tenir informé des moindres changements qui impactent l’univers de la vape.