Actualités

Camille Bordelon

Interdiction de la vape : Une question d’éthique face à la disponibilité des cigarettes ?

Est-il éthique d’interdire les cigarettes électroniques et d’autres alternatives à la cigarette ? Pour le professeur Jean-François Etter, la réponse est négative. Il soutient son point de vue en s’appuyant sur les fondements de la bioéthique.

Un plaidoyer contre l’OMS et la Commission européenne

Le 4 juin 2026, lors du Forum mondial sur la nicotine qui s’est tenu à Varsovie, le professeur Jean-François Etter a posé une question essentielle : « Est-il éthique d’interdire les produits contenant de la nicotine ? » En se référant à un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il a souligné que la prohibition est devenue un pilier de la politique de cette organisation en matière de nicotine. Il remet ainsi en question cette approche, en affirmant que la bioéthique peut apporter des réponses à cette problématique.

La bioéthique est un domaine qui traite des enjeux éthiques liés à la médecine, aux sciences de la vie et aux politiques de santé. Contrairement à l’éthique médicale, qui se concentre sur la relation entre les médecins et leurs patients, la bioéthique a un champ d’application plus vaste, englobant aussi les politiques publiques, la répartition des ressources, les avancées technologiques en santé, les droits des patients, etc. En d’autres termes, elle examine ce qui est moralement acceptable dans le contexte médical.

Lire aussi  Taxe sur la vape en France : Catastrophe annoncée, quel que soit le montant!

Dans toutes les facultés de médecine à travers le monde, la bioéthique est enseignée selon quatre grands principes établis en 1979 par Beauchamp et Childress dans leur ouvrage Principles of Biomedical Ethics :

  • L’autonomie : il s’agit de respecter la capacité des individus à prendre des décisions éclairées. En médecine, ce principe est fondamental pour le consentement éclairé ;
  • La bienfaisance : il consiste à agir dans l’intérêt du patient, en cherchant activement à faire le bien ;
  • La non-malfaisance : cela implique de ne pas causer de préjudice au patient. Ce principe est souvent résumé par le célèbre primum non nocere du serment d’Hippocrate, qui se traduit par « D’abord, ne pas nuire » ;
  • La justice : cela signifie distribuer équitablement les bénéfices et les charges, et traiter chaque individu de manière juste.

Au cours de son intervention, le professeur Jean-François Etter a présenté les raisons qui, selon lui, démontrent que les interdictions enfreignent chacun de ces quatre principes.

Autonomie

Etter admet que la dépendance à la nicotine peut restreindre l’autonomie des utilisateurs, en particulier chez les personnes souffrant de troubles mentaux ou appartenant à des groupes vulnérables. Il reconnaît également que l’accès à des produits contenant de la nicotine peut amener des jeunes à développer une dépendance, et qu’il est nécessaire de les protéger.

Cependant, il insiste sur le fait que respecter l’autonomie implique également un devoir d’information transparente : les consommateurs doivent être en mesure de comparer les risques associés à chaque produit. Or, selon lui, ce devoir est souvent négligé. Il cite, par exemple, le commissaire européen à la Santé, Oliver Várhelyi, qui a affirmé être « 100 % sûr » que les vapes et les cigarettes présentent les mêmes dangers. Il critique aussi l’OMS, qui énonce souvent ses messages de manière à faire croire que tous les produits sont également nocifs.

Il conclut en affirmant qu’interdire ces produits constitue une forme de paternalisme, qui suppose que les consommateurs ne sont pas capables de faire des choix éclairés.

Bienfaisance et non-malfaisance

À ce sujet, le professeur invertit le principe primum non nocere contre ceux qui soutiennent l’interdiction des produits nicotiniques. Pour lui, interdire les cigarettes électroniques, les snus, les sachets de nicotine et d’autres alternatives dissuade les fumeurs de se tourner vers des options moins nocives et incite les anciens fumeurs à renouer avec le tabagisme.

La cigarette traditionnelle en ressort également favorisée, car elle reste légale. En conséquence, l’interdiction de ses alternatives engendre plus de préjudice que de bénéfice, ce qui enfreint ces deux principes.

Justice

En ce qui concerne la justice, Jean-François Etter s’interroge sur les conséquences d’une telle interdiction : qui en subit réellement les conséquences ? Selon lui, plusieurs réponses se dessinent.

Tout d’abord, les fumeurs, qui continuent à consommer des cigarettes faute d’alternatives accessibles. Il rappelle que le tabagisme est particulièrement répandu parmi les populations défavorisées, qui supportent le fardeau le plus lourd en matière de maladies et sont les plus touchées par les lois et la « sur-police ». Ensuite, ce sont les consommateurs en général qui se retrouvent exposés à des produits non réglementés et à des réseaux criminels qui s’emparent souvent du marché des produits prohibés.

Enfin, les fabricants légitimes se retrouvent écartés par les fournisseurs illicites. Sa réponse s’achève sur cette question : « Est-il acceptable de sacrifier [toutes ces personnes] dans la lutte idéologique contre la nicotine ? »

Pour conclure sa présentation, il affirme que les interdictions vont à l’encontre des principes fondamentaux de la bioéthique et de l’éthique de la santé publique. Selon lui, une approche plus judicieuse privilégierait la réduction des maladies et des décès, serait pragmatique plutôt qu’idéologique, adopterait « les mesures les moins répressives efficaces pour obtenir des résultats » et évaluerait les politiques de santé publique « en fonction des résultats, et non des idéaux ou des intentions irréalistes. »

Dans le reste de l’actualité du vapotage

Articles similaires

Notez cet article
Partagez cet article :

Laisser un commentaire