Le Royaume-Uni est devenu le deuxième pays au monde à interdire la vente de tabac aux générations futures. Quarante-huit heures après cette décision, un article en faveur du droit de fumer a été publié dans la presse britannique, citant des sources proches de l’industrie du tabac. Cela rappelle que l’industrie du tabac ne cède jamais son marché sans se battre et qu’elle dispose de nombreux soutiens pour faire entendre sa voix.
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L’arbre qui cache la forêt
Le 21 avril 2026, le Royaume-Uni a fait un pas historique en adoptant le Tobacco and Vapes Bill, qui interdit l’achat de tabac à tous les Britanniques nés après le 1er janvier 2009. Avec cette mesure, le pays devient le deuxième au monde à instituer une interdiction générationnelle du tabac, quelques mois après l’instauration d’une loi similaire aux Maldives.
Il est indéniable que l’industrie du tabac a mobilisé toutes ses ressources pour éviter l’adoption de cette loi, mais son approbation ne freine en rien ses efforts. En effet, le 23 avril, soit seulement deux jours plus tard, un article intitulé « Nous devons préserver le droit de fumer » a été publié dans The Critic, un magazine britannique axé sur la politique et la culture.
Cette publication défend une position fondamentalement libérale, plaidant pour la préservation des libertés individuelles.
« Tout comme les individus doivent être libres de commettre des erreurs, comme ne pas se préparer pour un entretien d’embauche, arriver en retard au travail ou ne pas faire assez d’exercice, ils devraient également avoir la liberté de fumer. Vivre pleinement implique que nous disposions d’un espace protégé et personnel. Si l’on accepte le principe paternaliste qui stipule que la liberté doit être limitée pour notre propre bien, il ne reste alors que des barrières administratives entre nous et un régime totalitaire. », écrit Charles Amos, l’auteur de cet article.
Des arguments supplémentaires sont avancés, notamment l’affirmation que « l’Organisation mondiale de la santé n’a pas trouvé de lien statistiquement significatif entre le tabagisme passif et [un] risque pour la santé. »
Cependant, la page de l’OMS sur ce sujet est explicite : « Le tabagisme passif correspond à l’inhalation de fumée secondaire provenant du mélange entre la fumée d’une cigarette allumée et celle expirée par un fumeur. Lorsque cette fumée secondaire pollue l’air, surtout dans les espaces fermés, elle est inhalée par toutes les personnes à proximité, exposant ainsi à ses effets nocifs tant les fumeurs que les non-fumeurs. Elle est responsable de cancers du poumon chez les non-fumeurs et augmente le risque de maladies coronariennes. »
D’où provient alors cette affirmation publiée dans The Critic? Pour le découvrir, il suffit de suivre le lien associé à cette phrase, qui renvoie directement au site de Forest, un groupe britannique de défense des droits des fumeurs.
Forest, un « mouvement citoyen » financé à 96 % par l’industrie
Forest a été fondée en 1979 par Sir Christopher Foxley-Norris. Selon certaines sources, après avoir été invité à éteindre sa pipe à la gare de Reading, il a contacté le fabricant de cigarettes British American Tobacco pour obtenir un poste au sein d’une organisation de défense des consommateurs fumeurs. Son projet ayant déjà été envisagé par l’industriel, l’association a été financée. Ce soutien a perduré, puisqu’en janvier 2000, lors d’une audition à la commission spéciale de la santé de la Chambre des communes, Simon Clark, alors directeur de l’association, a déclaré que 96 % de son budget provenait de l’industrie du tabac.
Forest n’est pas la seule organisation dans laquelle Big Tobacco investit. Cette stratégie, connue sous le nom d’astroturfing, vise à simuler un mouvement populaire afin d’influencer l’opinion publique. Des associations comme Forest existent dans de nombreux pays et sont souvent financées par l’industrie du tabac, partageant un objectif commun : servir ses intérêts.
En 2011, lorsque le gouvernement britannique a annoncé son intention d’introduire le paquet neutre, les revenus de Forest ont presque doublé, passant de 175 000 £ en 2010 à 237 000 £ l’année suivante. En 2012, lors de la consultation publique sur ce sujet, les revenus de l’organisation ont de nouveau explosé, atteignant 346 000 £. Ces fonds ont été utilisés pour financer diverses campagnes contre le paquet neutre.
Le lien vers le site de Forest dans l’article de The Critic n’est donc pas anodin. Lorsque son auteur évoque que « les libéraux ne doivent pas abandonner la lutte contre le paternalisme », c’est en réalité l’industrie du tabac qui, par l’intermédiaire de ses relais, continue de nourrir le débat et cherche à inciter une partie de la population britannique à s’opposer au Tobacco and Vapes Bill, une loi qui entraînerait une perte massive de marché pour elle : tout le Royaume-Uni.
L’astroturfing dans la vape
Des « mouvements citoyens » financés ou initiés par l’industrie du tabac se retrouvent également dans le domaine de la cigarette électronique. Voici une liste (non exhaustive) de certains mouvements qui soutiennent le vapotage et qui ont des liens avérés ou présumés avec Big Tobacco :
- Let’s Demand Smarter Vaping Regulation / Vaping is NOT Tobacco : en février 2019, Imperial Brands a soutenu une Initiative Citoyenne européenne intitulée “Let’s demand smarter vaping regulation!”, visant à abroger l’Article 20 de la TPD. Le site associé, créé et promu par Imperial Brands, présentait cette initiative comme une campagne « citoyenne de la base » pour différencier les e-cigarettes du tabac traditionnel ;
- World Vapers Alliance (WVA) : selon une enquête du Daily Beast, des sources internes et des documents divulgués ont révélé que BAT « jouait un rôle central et concret dans l’orchestration, la direction et le financement » de la WVA. L’enquête précise que la WVA était « l’incarnation » de la stratégie de l’industrie du tabac visant à concevoir des campagnes d’astroturfing. Des documents obtenus par le Daily Beast indiquent que la WVA « reconnaissait en interne présenter une fausse image extérieure » et qu’elle fabriquait des lettres au ton « apparemment organique » aux Pays-Bas, adressées à des parlementaires néerlandais et européens, présentées comme émanant de vapoteurs souhaitant un assouplissement des réglementations ;
- We Vape : We Vape a été constitué au Royaume-Uni en 2020 par Mark Oates, également directeur de la Snus & Nicotine Pouch Users Alliance (SNPUA). Ses activités sont officiellement enregistrées comme « Activités d’organisations politiques ». Le site de We Vape indique depuis 2022 qu’il est financé par « des dons de vapoteurs individuels ». En 2023, le Consumer Choice Center, une organisation financée par l’industrie du tabac, a versé plus de 300 000 dollars à Oates Consulting. En 2024, ce montant a augmenté pour atteindre 522 000 dollars supplémentaires. Le CCC, un groupe de lobbying basé à Washington DC soutenu par des multinationales du tabac, a créé plusieurs organisations présentées comme indépendantes et représentant les consommateurs : la World Vapers Alliance (2020), Considerate Pouchers (2023) et Clearing the Air (2024) ;
- Australian Tobacco Harm Reduction Association (ATHRA) : en mars 2021, l’ABC (Australian Broadcasting Corporation) a révélé que les métadonnées du site d’ATHRA contenaient le nom d’utilisateur d’un employé du cabinet de relations publiques Burson Cohn & Wolfe (BCW) à Hong Kong, qui travaillait en même temps sur une campagne financée par Philip Morris International. BCW et ATHRA ont nié toute relation client ;
- Legalise Vaping Australia (LVA) : Brian Marlow, directeur exécutif de l’Australian Taxpayers Alliance (ATA) et directeur de Legalise Vaping Australia (LVA), une organisation liée à l’ATA et MyChoice Australia, siège au conseil consultatif de la World Vapers Alliance. LVA bénéficie du soutien de l’Australian Tobacco Harm Reduction Association (ATHRA) ;
- Australian Retail Vaping Industry Association (ARVIA) : entre 2019 et 2020, l’ARVIA, un groupe de façade désormais disparu, regroupait plusieurs associations de détaillants australiens. En février 2021, l’Australian Financial Review a révélé que l’ARVIA avait secrètement reçu des centaines de milliers de dollars de Philip Morris International par le biais d’un contrat avec le cabinet de lobbying Burson Cohn & Wolfe ;
- International Network of Nicotine Consumer Organisations (INNCO) : une coalition d’associations de vapoteurs se présentant comme indépendante et représentative des consommateurs. Elle a eu des liens directs avec la Foundation for a Smoke-Free World, financée par Philip Morris.
D’autres organisations sont mentionnées dans le rapport Behind Closed Doors : How the tobacco lobby influences the european union and beyond (décembre 2025).
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Camille est une passionnée de tendances technologiques et d’actualité. Elle adore décrypter les évolutions de la vape pour les rendre accessibles à tous. Son objectif ? Vous tenir informé des moindres changements qui impactent l’univers de la vape.