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Camille Bordelon

France Télévision : La Vape Décryptée sous un Nouveau Jour

Un reportage sur la vape diffusé sur France.tv a suscité une vive réaction, et ce, à juste titre. En étant uniquement accusateur, il omet délibérément 85 % du marché et reprend les arguments de l’industrie du tabac pour les critiquer.

Ying et Yang

Dans la philosophie taoïste, le Ying et le Yang symbolisent deux forces opposées mais complémentaires qui, ensemble, aident à comprendre l’univers. Il est intéressant de noter que, dans la même semaine, nous avons découvert un article qui aborde la vape de manière équilibrée, tandis qu’un reportage illustre parfaitement ce qu’il ne faut pas faire.

Diffusé sur France.TV et sur la chaîne YouTube Slash enquêtes, ce reportage s’appuie sur un postulat erroné : la journaliste prétend avoir infiltré l’industrie de la vape, alors qu’en réalité, elle a effectué un stage au sein de l’industrie du tabac.

Il est vrai que l’industrie du tabac est présente sur le marché de la e-cigarette en France, mais elle ne représente que 15 % du marché selon la Fivape, un chiffre qui n’est contesté par personne. Ce chiffre est obtenu en comparant les produits issus du tabac, majoritairement de type « fermés », avec ceux de la vape indépendante, principalement de type « ouverts ».

Voilà où se situe le problème, et il est de taille. Cela reviendrait à dire qu’elle a infiltré la musique française après avoir assisté à un concert de Francis Lalane.

Quelle est la valeur de la moitié de rien ?

Le reportage débute par une présentation de Manon, la journaliste, fumeuse et vapoteuse. Elle décide d’infiltrer Philip Morris International dans le cadre d’un stage en communication. Elle affirme que les grandes marques de cigarettes, communément appelées « Big Tobacco », « possèdent les principales marques de vapoteuses, telles que Vuse, Blu, IQOS… ».

Cependant, ces trois marques se partagent seulement 15 % du marché, ce qui, économiquement, ne les qualifie pas de principales marques. Bien que PMI et ses homologues soient effectivement des géants du tabac, ils sont minimes par rapport à des marques comme Geekvape, Voopoo ou Vaporesso. Évidemment, lors d’un stage en communication chez PMI, le discours tenu aux employés ne reflélera pas cette réalité : le fabricant se présentera comme leader, ce qui est vrai mais uniquement dans le cadre des buralistes, qui ne représentent que 15 % du marché (source : Xerfi).

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En revanche, le marché français, qui représente un minimum d’un milliard d’euros, est principalement composé de liquides. Alors que les cigarettiers proposent une offre globale intégrant à la fois le matériel et le liquide, qui sont indissociables en raison des systèmes fermés, des entreprises indépendantes comme Alfaliquid, VDLV ou The Fuu dominent en volume par rapport aux multinationales du tabac. Lorsqu’une de ces sociétés vend un flacon standard, elle écoule déjà 150 % de liquide de plus qu’une recharge de deux pods Vuse, qui contiennent chacun deux millilitres.

Et pourtant, le reportage présente plusieurs aspects intéressants, notamment les méthodes utilisées par l’industrie du tabac pour infiltrer des événements et vendre ses produits de manière illégale. Rien de nouveau, ces pratiques existent depuis de nombreuses années. Mais il est important de souligner que cela fait partie d’un vieux schéma, et qu’il semble y avoir une forme d’impunité.

Science sans conscience…

Vient ensuite la partie scientifique, et c’est là que tout bascule. Le reportage donne la parole à Maxime Boidin, un spécialiste des fonctions cardiovasculaires à l’université de Manchester, qui publie une étude alarmante affirmant que la vape serait même pire que le tabac sous certains aspects. Cela commence à partir de 12 minutes dans le reportage.

Cependant, les travaux de Maxime Boidin ont suscité la réaction de Clive Bates, ancien directeur de la lutte anti-tabac au Royaume-Uni, qui lui a adressé une lettre cinglante.

« Vous n’avez pas publié votre étude, et d’après le reportage, il semblerait que vous ne l’ayez même pas finalisée. Il n’existe pas d’article publié, de pré-impression, de protocole, d’enregistrement d’essai, ni même de résumé de conférence. Il n’y a aucune information sur les participants, leur processus de sélection ou leur historique de tabagisme. Vous n’avez pas non plus divulgué d’intérêts concurrents ou d’informations sur le financement. Pourtant, vous faites des déclarations alarmantes aux médias sur les conclusions d’une étude que personne d’autre n’a pu consulter. Il est contraire à l’éthique et inacceptable de mener la science de cette manière ».

« Vous faites des déclarations aux médias qui insinuent une équivalence de risque entre le tabagisme et le vapotage, voire suggèrent que le vapotage pourrait être plus dangereux. […] Les allégations extraordinaires exigent des preuves extraordinaires, mais vous n’avez fourni aucune preuve, et encore moins des preuves suffisantes, pour soutenir cette affirmation ».

En effet, l’étude de Maxime Boidin évoque une ancienne fumeuse devenue vapoteuse. Mais depuis combien de temps ? Est-elle uniquement vapoteuse ou utilise-t-elle encore du tabac ? Quel est son état de santé général ? Où se trouve l’échantillon test, le groupe de contrôle ? Quel serait le résultat comparatif avec une femme ayant une constitution physique similaire qui n’aurait jamais fumé ? Ce sont précisément ces réponses qui permettent de différencier une approche scientifique rigoureuse d’un discours approximatif — et qui évitent que certaines études soient contestées, voire retirées, après publication, à condition qu’elles aient été publiées au préalable.

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Le lobbying n’est pas sale

Le reportage aborde également le « lobbying de la vape ». En d’autres termes, il s’agit encore une fois du lobbying de l’industrie du tabac qui tente d’influencer la législation pour récupérer le marché de la vape, où elle est largement minoritaire, et qui lui coûte de l’argent. C’est plus long à expliquer, mais aussi plus précis.

Et comme toute cette section repose sur une prémisse fausse, prenons un moment pour discuter du lobbying. Ce terme est souvent utilisé pour susciter la peur.

Les politiciens ont une particularité qui les définit : ils doivent prendre des décisions cruciales dans des domaines où ils n’ont pas de compétence particulière. Ce n’est pas une insulte de le dire : un député est censé voter sur n’importe quel sujet. Et il est humainement impossible d’être expert en tout.

Face à cette situation, le député doit prendre une décision. Il aura l’avis de la personne ayant rédigé le projet de loi, mais les parties concernées ressentiront également le besoin de s’exprimer. Comme il est inutile d’expliquer son point de vue à un seul député, il faut s’organiser pour faire passer le message. C’est ce qu’on appelle un lobby.

Imaginons un exemple : demain, un projet de loi a un impact sur le journalisme, par exemple, en supprimant l’avantage fiscal lié à la carte de presse. Immédiatement, les journalistes appelleraient les députés pour leur faire comprendre que voter une telle loi serait une grave erreur. Cela constituerait une action de lobbying, qui touche au portefeuille, mais qui pourrait susciter des objections ?

Cependant, tout le monde n’a pas la chance d’être journaliste et d’avoir accès à un vaste réseau de contacts et à des moyens pour alerter l’opinion publique. Il est donc nécessaire de faire appel à des professionnels dont c’est le métier de comprendre un point de vue et de le transmettre aux décideurs. Cela représente un coût, surtout si l’on inclut la production d’études et de supports pour soutenir cette opinion.

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Ainsi, le lobbying n’est pas toujours une chose négative, il permet aux personnes concernées de faire entendre leur voix auprès de ceux qui votent en leur nom.

Parmi les exemples de décisions quotidiennes directement influencées par le lobbying, citons l’instauration du permis à points, qui a réduit de 58 % le nombre de décès sur la route. On peut également mentionner l’augmentation du nombre de points sur le permis de conduire, passé de 6 à 12. Le lobby des personnes handicapées a réussi à faire adopter une loi sur les rampes d’accès aux bâtiments publics. Le lobbying des médecins a permis la gratuité de certains vaccins, entraînant une chute de 99 % des cas de poliomyélite en France.

La grande question

Le problème ici ne réside pas dans les compétences de la journaliste : elle maîtrise son métier, cela ne fait aucun doute. Le principal souci est l’angle adopté, qui ne peut être que délibéré : pourquoi ? À qui cela profite-t-il ?

Les suspects ne manquent pas. À commencer par l’industrie du tabac : discréditer la vape pourrait inciter les personnes dépendantes à la nicotine à retourner vers la combustion. La nicotine engendre une dépendance, et si s’en défaire était simple, Big Tobacco n’existerait plus aujourd’hui.

La journaliste conclut son reportage en précisant qu’elle n’est désormais plus ni fumeuse ni vapoteuse. C’est une excellente nouvelle pour elle, et nous la félicitons sincèrement en espérant que cela dure. Malheureusement, tout le monde n’a pas cette chance. Couper le lien entre ces personnes, parfois désespérées, et une solution de réduction des risques représente une lourde responsabilité.

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