Comme tout secteur économique, les entreprises de la vape sont confrontées à l’impératif de se développer. Cependant, cela nécessite une condition qui n’est actuellement pas remplie : la capacité à s’endetter.
Sommaire
La nécessité de la croissance
Le marché français du vapotage est principalement constitué de petites et moyennes entreprises (PME). Comme pour toute entreprise, les lois économiques sont implacables : elles doivent croître ou risquer de disparaître. Ainsi, pour garantir leur évolution, une seule solution se présente : l’endettement.

En effet, une PME qui ne se développe pas se trouve progressivement désavantagée par rapport à ses concurrents. Même si ses activités demeurent stables à court terme, elle peut perdre en compétitivité, en capacités d’investissement et en attractivité commerciale.
Premièrement, une entreprise qui ne grandit pas a généralement moins de ressources pour investir. Son rythme de modernisation de ses équipements est plus lent, elle adopte moins rapidement les nouvelles technologies et éprouve davantage de difficultés à améliorer sa productivité. À l’inverse, les concurrents en pleine expansion peuvent automatiser, recruter, innover et réduire leurs coûts plus efficacement.
Deuxièmement, l’absence de croissance limite les marges de manœuvre commerciales. Une PME stagnante a souvent plus de mal à faire face à une hausse des coûts, à une baisse temporaire du chiffre d’affaires ou à un retard de paiement d’un client. Elle entre alors plus facilement dans une dynamique défensive, où chaque incident impacte davantage sa trésorerie.
Ne pas croître affaiblit également sa position sur le marché. Lorsque les concurrents prennent des parts de marché, renforcent leur notoriété ou diversifient leur offre, une PME qui reste immobile devient moins visible et moins attrayante. Elle peut perdre des clients non pas parce qu’elle ne fait pas bien son travail, mais simplement parce que les autres avancent plus rapidement.
Enfin, une PME qui ne progresse pas prend un risque stratégique. Elle peut finalement faire face à une hausse des coûts, à des exigences accrues des clients, à des évolutions réglementaires ou à des changements technologiques sans avoir les ressources nécessaires pour s’adapter. Dans un environnement concurrentiel, ne pas croître revient souvent à permettre à d’autres de prendre l’ascendant.
Les avantages de l’endettement
L’endettement joue un rôle crucial dans la vie d’une entreprise, car il lui permet de financer son développement sans dépendre exclusivement de ses propres fonds. Parallèlement, la capacité d’endettement est souvent liée à la croissance.
En optant pour l’emprunt, une entreprise peut investir plus rapidement dans de nouveaux équipements, recruter, renforcer sa trésorerie ou soutenir sa croissance, tout en gardant le contrôle de son capital. Ainsi, la dette peut être un outil de financement précieux si elle est utilisée de manière réfléchie.
Le principal avantage de l’endettement réside dans l’effet de levier : si l’entreprise emprunte pour un projet rentable, elle peut augmenter la rentabilité de ses capitaux propres. Cela accroît la valeur de l’entreprise, et donc celle de ses parts, sans avoir à accueillir de nouveaux associés.
Pour qu’une entreprise puisse obtenir un prêt d’une banque ou d’un autre partenaire financier, elle doit d’abord démontrer sa capacité à rembourser. Le premier élément examiné est la solidité financière de l’entreprise. Le prêteur va donc analyser les comptes, la rentabilité, la trésorerie et le niveau d’endettement déjà en place. Une entreprise stable et bien gérée inspire davantage confiance.
Le second critère essentiel est la qualité du projet financé. Le partenaire financier souhaite comprendre l’utilisation des fonds empruntés : achat de matériel, recrutement, développement commercial, innovation ou expansion. Plus le projet est clair, réalisable et générateur de profits, plus il a de chances d’être accepté. L’entreprise doit démontrer que cet emprunt permettra de générer suffisamment de valeur pour être remboursé sans difficultés.
La capacité de remboursement est également primordiale. La banque doit s’assurer que les revenus futurs et les flux de trésorerie permettront de couvrir les mensualités du prêt. C’est pourquoi un plan de financement détaillé et des prévisions crédibles sont indispensables. Un apport personnel peut également renforcer le dossier, car il montre que l’entreprise s’implique dans l’effort de financement.
Enfin, les garanties et la confiance dans la direction sont des éléments cruciaux. Des cautions, des sûretés ou des garanties peuvent rassurer le financeur. Cependant, la compétence du dirigeant est également déterminante : son expérience, sa rigueur et sa capacité à gérer l’activité influencent la décision.
Le dilemme des banquiers
Il y a huit ans, nous avions rédigé un article sur les entrepreneurs de la vape confrontés au refus des banques pour des prêts.
Cela concernait autant le cadre professionnel que personnel. Emprunter de l’argent pour ouvrir une seconde ou troisième boutique alors que les premières réussissaient ? Inenvisageable. Faire un prêt pour développer une usine d’e-liquide incapable de suivre des commandes massives ? Absolument pas.
Emprunter pour acquérir une maison alors que son entreprise de vape prospérait et qu’on avait largement dépassé l’apport minimum requis ? Désolé, Monsieur, c’est non.
Aujourd’hui, de nombreux professionnels témoignent que la situation a radicalement changé : dans de nombreux cas, ce sont désormais les banques qui prennent contact pour proposer de l’argent, littéralement. Et ce sont les entreprises qui déclinent ces offres et cherchent des solutions alternatives.
Qu’est-ce qui a changé ? Les banques ont constaté que, malgré les tempêtes traversées, le secteur de la vape a toujours su se relever. De plus, il a su bâtir un marché milliardaire sans leur soutien. L’équilibre entre les risques et les bénéfices a évolué : maintenant, prêter à la vape est devenu moins risqué. Les professionnels ont appris à naviguer à travers les tempêtes. Et si jamais ils échouent, la valorisation des biens des entreprises n’est plus la même. Aujourd’hui, il existe des équipements et des biens immobiliers sur lesquels se rembourser en cas de défaillance.
L’ennemi : l’instabilité réglementaire
Tout semble clair jusqu’à présent : les entreprises de la vape doivent croître en s’endettant, et cela ne devrait pas poser de problèmes vu les bons résultats que beaucoup affichent. Pourtant, peu d’entre elles se lancent, et plusieurs chefs d’entreprise que nous avons interrogés hésitent, voire abandonnent cette idée. Pourquoi cela ? La réponse est simple : l’instabilité réglementaire.

Le premier cas est celui des machines très spécifiques qui peuvent devenir complètement obsolètes du jour au lendemain, bien qu’elles soient neuves. Cependant, même si c’est la première chose qui vient à l’esprit, c’est aussi la plus rare : une machine industrielle est généralement conçue pour être adaptable.
Les projets de lois visant à restreindre la vape, bien que présentés sous d’autres prétextes, sont beaucoup plus préoccupants. Personne ne devrait prétendre qu’imposer des taxes à un secteur est synonyme d’aide à ses professionnels et à ses clients. Pourtant, c’est exactement ce qui se passe dans le domaine du vapotage.
Des perspectives incertaines
Emballage neutre, taxation qui impacte directement les volumes, redistribution du marché entre acteurs historiques spécialisés et buralistes, voire supermarchés et épiceries, interdiction des arômes dans le pire des cas : investir, oui, mais à quel moment ? Dans une entreprise, l’investissement à court terme n’existe pas. En dessous d’un certain montant et d’un certain délai d’amortissement, c’est simplement un achat.
“Nous ne savons pas où se dirige le marché”, affirme Jean Lorcy, directeur général de Fuu. “Nous commençons à observer des fermetures de boutiques et des faillites parmi les petits fabricants. Il suffit de regarder les magasins de vape : beaucoup atteignent leurs dix ans. Dans le commerce, c’est le moment de rénover complètement le magasin pour lui donner un coup de frais. Pourtant, beaucoup hésitent. Certaines boutiques ne donnent même plus envie d’y entrer.”
De nombreux industriels acceptent de discuter, mais sous couvert d’anonymat. “Dire publiquement que nous ne souhaitons pas investir donne l’impression que notre entreprise est en difficulté, ce qui n’est pas le cas”, explique un liquidier.
Qui en tire profit ?
Alors, la vape est-elle condamnée à stagner ? Pas nécessairement, il existe des moyens d’investir avec un risque modéré. Comme mentionné précédemment, plus la valeur du patrimoine d’une entreprise saisissable en cas de défaillance est élevée, plus les banques sont enclines à prêter. Une bonne stratégie pour diluer le risque et favoriser la croissance de son entreprise consiste à absorber une entité déjà établie.
Il est probable que dans les mois à venir, le secteur connaisse une vague de rachats et de consolidations. Pour croître, certaines entreprises vont acquérir leurs concurrents. Ce phénomène de concentration se retrouve dans tous les secteurs de l’économie.
Lorsque sa propre croissance a ralenti, rencontrant les limites de son marché, Coca-Cola a, par exemple, racheté Minute Maid, Tropico et Orangina, entre autres.
C’est là que se situe le problème : lorsqu’une entreprise en acquiert une autre, certes, elle croît et se renforce (en théorie), mais la taille du marché reste inchangée. Si la vape entame un cycle de fusions-acquisitions, cela pourrait être préoccupant : il reste des millions de fumeurs sur le marché, et cela constituerait un aveu d’impuissance à les attirer.
Alors que le vapotage en France a déjà connu une belle période de croissance, il doit désormais se développer pour faire face aux défis à venir. En revanche, le secteur du tabac ne rencontre pas ces obstacles. Les banques sont prêtes à prêter, et l’industrie du tabac n’hésite pas à emprunter ou à se recapitaliser : pour des groupes mondiaux, quelques milliers d’actions supplémentaires ne font pas une grande différence.
Le problème ne réside pas chez les entrepreneurs. “J’ai besoin d’un million. Je vais les demander à la banque lundi et je créerai cinq emplois mardi si l’État nous garantit une visibilité réglementaire sur cinq ans. Actuellement, nous n’avons même pas deux mois.” Voilà un résumé de la situation.
L’actualité économique de la vape
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Camille est une passionnée de tendances technologiques et d’actualité. Elle adore décrypter les évolutions de la vape pour les rendre accessibles à tous. Son objectif ? Vous tenir informé des moindres changements qui impactent l’univers de la vape.