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Camille Bordelon

Anomalies cardiopulmonaires chez les vapoteurs : Analyse de l’étude révélée par GST

Une recherche menée au Canada affirme que les utilisateurs réguliers de la cigarette électronique présentent des anomalies significatives au niveau cardiopulmonaire lorsqu’ils sont soumis à un effort physique. L’association Génération Sans Tabac s’empare de ces résultats pour mettre en garde contre les dangers de la vape. Cependant, les données de cette étude révèlent une réalité bien différente.

À retenir

  • Cette étude ne comptait que 40 participants, et l’absence d’antécédents de tabagisme était uniquement basée sur des déclarations non vérifiées ;
  • Les valeurs de VO2peak des deux groupes, vapoteurs et non-vapoteurs, étaient bien en dessous des moyennes de référence, suggérant que les participants étaient peu actifs ;
  • Les valeurs de VE/VCO2 nadir pour les vapoteurs (27,9) étaient dans les limites de la norme clinique fixée à 30 ;
  • Le résultat le plus solide de l’étude, concernant le recrutement de la DLCO, présente une incohérence interne que les auteurs n’expliquent pas ;
  • Il n’y avait pas de groupe de fumeurs dans l’étude, rendant impossible toute conclusion sur la réduction des risques ;
  • Étant donné qu’il s’agit d’une étude transversale, aucun lien de causalité ne peut être établi entre le vapotage et l’état pulmonaire.

Quand une étude contredit son interprétation

Les résultats préoccupants d’une récente étude canadienne1 ont été relayés par l’association française, Génération Sans Tabac (GST), qui milite activement contre l’utilisation de la cigarette électronique depuis sa création en 2020. Sur les réseaux sociaux, l’association affirme que cette recherche « prouve que les utilisateurs réguliers de cigarettes électroniques présentent des anomalies cardio-respiratoires détectables lors d’un effort » et que, par rapport aux non-vapoteurs, « ils montrent une capacité physique diminuée, un essoufflement accru et des signes d’une altération précoce de la circulation pulmonaire. »

Comme souvent, l’association adopte une approche alarmiste en se basant sur les résultats d’une étude dont les nombreuses limites empêchent de tirer les conclusions qu’elle en propose.

Des fondations méthodologiques fragiles

L’objectif principal de cette recherche était de caractériser les réponses cardiopulmonaires à l’effort chez de jeunes adultes consommateurs de cigarettes électroniques sans antécédents de tabagisme, ainsi que d’évaluer le recrutement de la DLCO lors d’un changement de posture, c’est-à-dire la capacité des poumons à transférer un gaz (le CO) des alvéoles vers le sang.

Il est important de le dire clairement : cette étude présente un nombre de limites si élevé que les conclusions de ses auteurs dépassent largement ce que les données peuvent réellement soutenir. GST les mentionne d’ailleurs mais ne tire aucune conséquence quant à la validité des conclusions qu’elle en extrait.

Tout d’abord, l’absence d’antécédents tabagiques était fondée sur des auto-déclarations. Les chercheurs n’ont effectué aucun examen pour vérifier si les vapoteurs n’avaient vraiment jamais fumé auparavant. Cela pose un problème sérieux : pour une étude cherchant à isoler les effets du vapotage, il est essentiel de garantir l’absence de tabagisme.

Cette recherche a été conduite auprès de deux groupes de seulement 20 personnes chacun, recrutés par commodité. Un échantillon aussi restreint et non représentatif ne permet pas de tirer des conclusions généralisables. De plus, les données de l’étude sont préoccupantes.

Pour le groupe témoin, la mesure du VO2peak (la consommation maximale d’oxygène lors de l’effort) était de 34,8 mL/kg/min, contre 29,6 pour les vapoteurs. Bien que ces chiffres semblent indiquer une capacité à consommer de l’oxygène inférieure pour le groupe des vapoteurs, il est crucial de noter que selon l’étude FRIEND2, qui a été menée auprès de 7 783 participants, la valeur moyenne du VO2peak pour les hommes âgés de 20 à 29 ans est de 47,6 mL/kg/min, et de 37,6 pour les femmes du même groupe d’âge.

Les scores de 34,8 pour le groupe témoin et de 29,6 pour le groupe des vapoteurs sont tous deux bien en dessous de ces références, ce qui indique que les deux groupes étaient probablement peu actifs, indépendamment des effets du vapotage. De plus, l’activité physique n’a été mesurée que par des questionnaires auto-administrés. Ainsi, le groupe des vapoteurs pouvait être composé de jeunes adultes moins actifs que ceux du groupe témoin, ce qui expliquerait un VO2peak inférieur, ce dernier augmentant avec le niveau d’activité physique.

Dans son article, Génération Sans Tabac cite Michael K. Stickland, le chercheur principal de l’étude, qui a déclaré à ce sujet que « des jeunes de 23 ans ne devraient pas être essoufflés », ajoutant que « l’effort physique était d’une intensité équivalente à une marche modérée. » Bien que cette affirmation soit frappante, elle est surtout contestable sur le plan scientifique.

L’essoufflement lors d’un effort est relatif à la condition physique de base. Il est tout à fait normal que des individus peu actifs ressentent un essoufflement plus marqué que des jeunes adultes plus en forme. Les données de cette étude montrent précisément cela : les deux groupes, vapoteurs et non-vapoteurs, affichent des valeurs de VO2peak significativement inférieures aux moyennes de référence. Un jeune de 23 ans sédentaire aura du mal à respirer, qu’il soit vapoteur ou non.

La mesure du VE/VCO2 nadir (le volume d’air à ventiler pour éliminer un litre de CO2) rencontre le même problème. Dans le cadre d’un test d’effort cardiopulmonaire, les seuils cliniquement établis pour définir une inefficacité ventilatoire commencent à 34, tandis que la norme est fixée à 30.3 Le groupe témoin a obtenu un score de 26,4, tandis que celui des vapoteurs a atteint 27,9. En d’autres termes, les vapoteurs étaient dans la norme et la différence de 1,5 entre les deux groupes n’a probablement aucune incidence fonctionnelle dans la vie quotidienne.

Le résultat jugé le plus solide par les auteurs, concernant la DLCO que ces derniers qualifient d’« émoussée », présente une incohérence qui reste inexpliquée. La DLCO a deux composantes : le VC, ou volume sanguin capillaire, et la DM, ou diffusion membranaire. Si, comme l’affirment les chercheurs, la DLCO des vapoteurs indique une dysfonction vasculaire, on s’attendrait à voir des différences significatives entre les deux groupes concernant le VC et la DM. Or, aucune différence statistiquement significative n’a été observée entre les deux groupes pour ces deux mesures. De plus, ces données ont été collectées auprès de deux sous-groupes de 16 et 17 personnes, ce qui signifie que, une fois encore, les résultats ne permettent pas de tirer de conclusions solides.

Pour conclure, ajoutons deux autres observations importantes.

Des comparaisons inappropriées

Alors que les chercheurs affirment que leur étude « remet en question l’hypothèse selon laquelle le vapotage est une alternative sûre au tabac. », il est à noter qu’il n’y avait aucun groupe de fumeurs dans cette recherche. Pour pouvoir mettre en garde contre l’absence de moindre nocivité du vapotage par rapport au tabagisme, il aurait été nécessaire de comparer le groupe des vapoteurs à un groupe de fumeurs.

Enfin, étant donné qu’il s’agit d’une étude transversale, aucune causalité ne peut être établie entre les événements observés. Ce type de recherche représente un instantané à un moment donné et ne peut pas déterminer ce qui existait avant. Le groupe des vapoteurs, dont l’état pulmonaire serait moins bon que celui du groupe témoin, était peut-être déjà dans cette situation avant de commencer à utiliser une cigarette électronique.

Cette étude, que Génération Sans Tabac utilise pour alerter sur les dangers du vapotage, pourrait finalement donner une image complètement inversée de ce que l’association essaie de faire entendre. Ses données, bien que limitées, montrent surtout que le groupe des vapoteurs avait un état pulmonaire dont les résultats sont conformes aux normes.

Sources et références

1 Williams, T. G., Collins, S. É., Brotto, A. R., D’Souza, A. W., Ehnes, C. M., Hicks, B., Weatherald, J., Leung, J. M., & Stickland, M. K. (2026). Do young individuals with chronic e-cigarette exposure display cardiopulmonary abnormalities during exercise and blunted recruitment of pulmonary diffusing capacity? CHEST, 169(6), 1616–1627. https://doi.org/10.1016/j.chest.2025.12.024

2 Kaminsky, L. A., Arena, R., & Myers, J. (2015). Reference standards for cardiorespiratory fitness measured with cardiopulmonary exercise testing: Data from the Fitness Registry and the Importance of Exercise National Database. Mayo Clinic Proceedings, 90(11), 1515–1523. https://doi.org/10.1016/j.mayocp.2015.07.026

3 American Thoracic Society & American College of Chest Physicians. (2003). ATS/ACCP statement on cardiopulmonary exercise testing. American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine, 167(2), 211–277. https://doi.org/10.1164/rccm.167.2.211

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