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Camille Bordelon

Sous Coke : Un Saumon au Cœur d’une Enquête Étonnante

Êtes-vous familier avec les prix Ig Nobel ? Ces distinctions récompensent des recherches scientifiques qui sont… disons, particulièrement inventives. L’auteur de cet article parierait volontiers sur une publication qui s’intéresse à des toxicomanes bien particuliers.

Maki, qui a osé faire ça ?

Le saumon est un poisson fascinant. Les naturalistes admirent sa capacité à remonter les rivières à contre-courant pour se reproduire, alors que certains humains se plaignent lorsqu’il y a une panne d’ascenseur dans un hôtel.

Du point de vue culinaire, le saumon a beaucoup à offrir : qu’il soit fumé, cru, en maki, ou même en tartare, juste poêlé avec un filet d’huile d’olive et une noix de beurre, assaisonné de sel et de poivre, il n’a pratiquement aucun défaut. Le saumon est un poisson aux qualités indéniables.

Cependant, corrigeons cela : le saumon n’est pas responsable du prix qui s’affiche chez le poissonnier.

Il n’est donc pas surprenant que des chercheurs, des véritables scientifiques avec des diplômes souvent inaccessibles pour le commun des mortels, se soient penchés sur le saumon et aient pensé : « pourquoi ne pas leur donner de la cocaïne ? ».

Et après, ces mêmes chercheurs s’étonnent d’être perçus comme des savants fous à la manière du Docteur Frankenstein, alors que la créature de Mary Shelley n’a toujours pas de nom. On a envie de leur dire : « mais enfin, vous donnez de la cocaïne à des saumons ! ».

« Et alors ? » rétorqueraient-ils probablement, « que voulez-vous ? Préférez-vous qu’on en donne à un grand requin blanc ? Vous réalisez que c’est totalement irresponsable, n’est-ce pas ? ».

La science sur des rails

Et ils n’ont pas complètement tort, imaginez un instant « Les dents de la mer » si Bruce avait été sous l’emprise de cocaïne ? Car oui, le requin du film de Spielberg a un nom, contrairement à la créature de Frankenstein. Ce monde est décidément injuste.

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Mais tout cela est vrai : dans le cadre d’une étude, des chercheurs ont administré de la cocaïne à des saumons et ont découvert que ces derniers nageaient 1,9 fois plus que ceux qui ne consommaient pas. En écrivant ceci, je ressens une étrange combinaison de perplexité et de satisfaction professionnelle.

Effectivement, tout journaliste sait que s’il veut rédiger quelque chose de loufoque, il doit se rendre du côté des tribunaux. Là, après un peu de patience, il finira par dénicher un sujet d’article qui commence par « ivre, il… ».

Les gens commettent souvent des folies lorsqu’ils sont sous l’emprise de l’alcool, ce qui donne naissance à certains des articles les plus divertissants. Quand un journaliste débute son texte par « ivre, il… », le lecteur sait qu’il ne sera jamais déçu. En revanche, il est rare de pouvoir commencer un article par « sous cocaïne, un saumon… ».

Cette étude existe bel et bien, et elle a probablement mis fin au suspense concernant l’attribution des prochains prix Ig Nobel. Un prix bien mérité, d’ailleurs. Ce travail est le fruit d’une collaboration entre des chercheurs suédois et australiens. Évidemment, des Australiens…

Il y a, bien sûr, une justification à cette recherche : l’étude vise à examiner comment la pollution par la cocaïne affecte l’écosystème.

À ce stade, vous vous exclamerez sûrement, comme je l’ai fait auparavant : « la pollution par la cocaïne ? ». Oui. Gardez à l’esprit que des Australiens sont impliqués, et il n’est sans doute pas surprenant que des rivières saturées de drogue existent dans leur pays.

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Lorsque votre pays entier semble vouloir vous nuire de 177 manières différentes juste en allant à l’épicerie pour acheter du pain de mie, il n’est pas étonnant d’imaginer qu’un toxicomane local prélève de l’eau avec une seringue dans une mare stagnante pour se faire un shoot.

C’est là que l’on perçoit toute la logique tordue de cette étude : pour analyser la pollution à la cocaïne dans les rivières, qui est sans doute marginale, on décide de donner de la cocaïne à des saumons, qui vivent dans ces mêmes rivières. Et ils vont sniffer leur cocaïne avec quoi, au juste ? Des pailles en plastique. Et quel est le principal polluant des eaux dans le monde ? Le plastique, évidemment.

Plus sérieusement, les chercheurs soulignent que la pollution des eaux par des médicaments est en hausse et engendre de réels problèmes pour la biodiversité. Certes, mais les saumons ne sont pas responsables de cette situation.

La prochaine fois que vous entendrez une souris se plaindre d’être contrainte de vapoter pour une étude, rappelez-lui ce qu’on fait aux saumons. Et si l’une d’elles répond : « ouais, mais au moins, eux, ils s’amusent », envoyez-la voir un de mes amis. Il mène une étude sur les effets du cannabis sur le cerveau reptilien et a des serpents un peu défoncés.

Pour conclure, si jamais vous voyez un slogan du genre « tu manques d’énergie ? Mange des makis », sachez que cela pourrait ne pas être de la publicité mensongère. Mais attention, à vos risques et périls.

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