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Camille Bordelon

Bandelettes de nicotine : une alternative aux sachets, jusqu’où ira-t-on ?

Au Royaume-Uni, la marque NION introduit des bandes de nicotine, se présentant comme une alternative aux sachets, qui eux-mêmes sont considérés comme une substitution au tabac. Cela soulève une question intéressante : une alternative nécessite-t-elle une alternative à son tour ?

Une histoire sans fin ?

À la fin septembre 2026, NION a fait son entrée sur le marché britannique avec un produit innovant : une bandelette soluble à placer sous la lèvre, similaire à un sachet de nicotine. La différence réside dans le fait qu’il n’y a rien à retirer de la bouche, évitant ainsi le problème des sachets usagés à jeter. En raison de son format compact, le produit est également proposé dans un étui pratique, facilitant son transport. Les dosages de nicotine disponibles (1, 3 et 6 mg) sont associés à différents niveaux de sachets, allant du moins dosé au plus dosé, et de nombreux témoignages mis en avant sur le site officiel de la marque établissent des comparaisons entre ce produit et les sachets.

Échantillons distribués et paquet promotionnel lors d'un lancement de produit
Distribution d’échantillons et promotion lors du lancement de NION au Royaume‑Uni.

NION met également en avant le caractère innovant de son produit, bien que les bandes de nicotine ne soient pas une nouveauté. D’autres marques, telles que Melta, Lost Mary ou le fabricant suédois Nicoccino, ont déjà proposé des produits similaires.

Pour son lancement, plusieurs actions promotionnelles sont en cours. Par exemple, rapporter une boîte vide de sachets de nicotine permet d’obtenir un paquet gratuit de NION. De plus, un tirage au sort est organisé pour gagner des dîners gastronomiques, et la marque distribue des échantillons dans des bars, des clubs, des entreprises, ainsi que dans la rue.

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Cependant, ce produit soulève une question cruciale : les sachets de nicotine sont souvent présentés comme une alternative au tabac ou au vapotage, tandis que les bandelettes sont désormais considérées comme des alternatives aux sachets de nicotine. Mais est-il réellement nécessaire qu’une alternative ait également une alternative ? La réponse à cette question est plus complexe qu’il n’y paraît.

Une question d’équilibre

D’un point de vue gouvernemental, la prolifération de produits contenant de la nicotine peut être perçue comme une menace. En France, par exemple, le décret n° 2025-898 du 5 septembre 2025 a entraîné l’interdiction des sachets de nicotine, visant l’ensemble des produits à usage oral contenant de la nicotine, « notamment sous la forme de sachets portions ou de sachets poreux, pâte, billes, liquides, gomme à mâcher, pastilles, bandelettes ou toute combinaison de ces formes ». L’objectif de ce décret est clair : au-delà de l’interdiction des sachets de nicotine, il vise aussi à empêcher la vente de leurs alternatives. Cette logique peut être comprise. En effet, lorsque les autorités réglementaires cherchent à retirer un produit du marché, ce n’est pas pour qu’il soit immédiatement remplacé par un équivalent.

Documents officiels et décret posé sur un bureau près d'une fenêtre
Le décret français de 2025 interdit certains produits oraux contenant de la nicotine.

Les bandes de nicotine soulèvent également une autre question : jusqu’où irons-nous ?

Si les sachets de nicotine sont considérés comme une alternative à d’autres produits et que les bandes sont des alternatives aux sachets, peut-on s’attendre, à l’avenir, à voir apparaître un nouveau produit se présentant comme une alternative aux bandes ? Un produit qui pourrait, à son tour, avoir sa propre alternative, et ainsi de suite. Les autorités publiques ont pris en compte cette éventualité, et leur décret devrait empêcher une telle prolifération de produits.

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Cependant, cette logique présente une faiblesse : elle ne distingue pas les différents usages. Elle considère de la même manière un fumeur qui remplace ses cigarettes par des sachets et un utilisateur de sachets à qui l’on propose une bandelette dans un bar. Elle fait de la multiplication des produits le problème, alors que le véritable enjeu réside dans ce que chacun remplace. Répondre à la question « jusqu’où irons-nous ? » par une interdiction générale équivaut à renoncer à faire la distinction.

Le réel problème ne réside donc pas dans le nombre de formats, mais plutôt dans le public auquel ils s’adressent. Offrir aux fumeurs un large éventail de choix pour substituer le tabagisme par une alternative moins nuisible est toujours bénéfique. Le fait qu’une bande remplace ensuite un sachet n’est pas problématique non plus. Mais le défi consiste à trouver un équilibre : réussir à freiner l’engouement pour de nouveaux formats sans, comme en France, interdire également ceux qui pourraient détourner les fumeurs de la cigarette.

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