Le vapotage est aujourd’hui reconnu comme l’un des outils les plus efficaces pour réduire le tabagisme, soutenu par une multitude de recherches scientifiques. Depuis une décennie, les données tant françaises qu’internationales convergent vers des conclusions similaires. Toutefois, les institutions peinent à s’appuyer sur ces preuves pour formuler des politiques de santé publique adéquates, rencontrant des difficultés à intégrer ces éléments dans leur réflexion. Ce décalage a un coût indéniable, maintenant des fumeurs dans leur addiction au tabac, en raison de réglementations souvent contraires à l’intérêt général.
Par Jean Moiroud, président de la Fivape
Sommaire
Le rapport d’évaluation de la TPD : une science ignorée
Le 2 avril 2026, la Commission européenne a rendu public son rapport d’évaluation concernant la Directive sur les Produits du Tabac (TPD). Ce document de cent quarante-quatre pages devait servir de fondement à la révision prochaine de la directive. En ce qui concerne le vapotage, le rapport conclut que les cigarettes électroniques n’ont aucun intérêt pour aider à l’arrêt du tabac et pourraient même agir comme une passerelle vers le tabagisme.
Les références utilisées proviennent de l’OMS et du rapport du SCHEER, deux organismes qui ont, par le passé, affiché une attitude défavorable envers la vape. Curieusement, des sources reconnues telles que Cochrane, le Royal College of Physicians, Public Health England, Nicotine & Tobacco Research ou le Harm Reduction Journal ne sont jamais citées. Cette omission soulève des interrogations, voire des inquiétudes : est-ce un choix délibéré visant à contredire ouvertement l’état des connaissances scientifiques les plus solides sur le sujet ? Les recommandations réglementaires formulées dans le rapport sont classiques : interdiction des arômes, emballage neutre, etc. Ce programme s’inscrit dans la lignée de celui que l’industrie du tabac promeut depuis des années à Bruxelles…
Wu et al. (2025) : une revue des revues aux conclusions solides et indiscutables
Publiée dans la revue Addiction, l’étude de Wu et al. (2025) – “Cigarettes électroniques pour l’arrêt du tabac : un aperçu des revues systématiques et carte des preuves et des lacunes” – constitue l’une des synthèses les plus complètes à ce jour : une méta-analyse des revues systématiques couvrant la littérature scientifique de 2015 à 2024. Son champ d’application est vaste : elle inclut les méta-analyses de Cochrane, les données de l’OHID (Office for Health Improvement and Disparities) britannique, ainsi que toutes les revues systématiques publiées sur l’efficacité de la vape pour l’arrêt du tabac durant cette période. Ses conclusions sont solides et indiscutables… le vapotage est plus efficace que les substituts nicotiniques traditionnels pour arrêter de fumer. Cette revue identifie également clairement les zones d’incertitude scientifique (données à long terme, populations spécifiques, comparaisons entre dispositifs) et fait preuve d’une honnêteté remarquable : elle reconnaît ce qui n’est pas encore connu, sans pour autant minimiser ce qui est établi. Dans une démarche scientifique rigoureuse, les lacunes représentent des appels à la recherche et non des excuses pour ignorer ce qui est prouvé, ni pour élaborer des recommandations réglementaires contraires aux données disponibles.
De ce côté, une revue qui cartographie méthodiquement une décennie de littérature. De l’autre, un document institutionnel qui sélectionne ses sources pour corroborer des conclusions préétablies. L’un représente la science, tandis que l’autre ressemble à du lobbying déguisé en expertise.
Femmes enceintes et vapotage, les nouvelles recommandations de l’ANSES
Le rapport de l’ANSES publié en décembre 2025 contient une recommandation précieuse qui va aider les professionnels de santé à se positionner sur la question du vapotage : si une femme enceinte fumeuse n’est pas capable d’arrêter de fumer avec un accompagnement professionnel et des substituts nicotiniques, l’utilisation de la cigarette électronique peut être envisagée dans une approche de réduction des risques. Bien que les risques du vapotage sur la descendance doivent être surveillés, ils sont indéniablement beaucoup moins élevés que ceux liés à la consommation de tabac traditionnel.
En France, 54 % des femmes enceintes qui fument ne parviennent pas à arrêter pendant leur grossesse. Pendant longtemps, les médecins leur ont recommandé de ne pas utiliser la vape. L’association Sovape avait anticipé cette situation : des rechutes vers le tabagisme. En 2020, le CNGOF avait publié un avis conseillant d’arrêter le vapotage durant la grossesse. Sovape avait contesté cette position, mettant en lumière que cela pouvait avoir des effets contraires aux objectifs recherchés. Cinq ans plus tard, l’ANSES donne raison à Sovape.
Si déconseiller aux femmes enceintes l’accès à la vape les pousse à retourner à la cigarette, l’injonction médicale n’a pas été prudente, elle a été dangereuse. Cette recommandation doit maintenant être intégrée dans la formation des professionnels de santé.
La France possède désormais deux ensembles de données récents, qui s’ajoutent aux précédentes, produites par ses propres agences sanitaires et qui doivent permettre d’avoir un débat éclairé sur le vapotage.
Tout d’abord, l’OFDT : le tabagisme quotidien chez les 16 ans a chuté de 16 % en 2015 à 3,1 % en 2024, soit une diminution par cinq en moins d’une décennie, pendant que le vapotage se développait. Les experts parlent d’un effondrement du tabagisme chez les jeunes. Si la vape avait effectivement servi de porte d’entrée vers le tabagisme, comme le soutient le rapport européen, de tels chiffres seraient impossibles. L’effet passerelle n’apparaît pas dans les données françaises, ce qui est une excellente nouvelle.
Ensuite, le rapport de l’ANSES, publié en décembre 2025. Ses conclusions sont limpides : les effets sanitaires du vapotage sont, pour chaque critère étudié, largement moins préoccupants que ceux du tabac fumé. Concernant les arômes, l’ANSES recommande d’éviter toute taxation qui pourrait inciter au recours à des produits « faits maison » et favoriser l’émergence d’un marché parallèle difficile à contrôler. Interdire les arômes ou surtaxer la vape risquerait d’encourager l’utilisation de produits moins sûrs au lieu de promouvoir l’arrêt du tabac. La France dispose désormais de tous les arguments nécessaires pour contester les conclusions de la Commission dans les négociations sur la prochaine TPD.
Adhérer à la Fivape, c’est soutenir la science
Il ne suffit pas d’avoir accès aux bonnes données, il faut également les défendre là où les décisions sont prises. Grâce à ses propositions et ses références scientifiques – ANSES, OFDT, Cochrane, etc. – la Fivape est armée d’arguments que ses détracteurs ne peuvent pas ignorer. Avec un nombre croissant d’adhérents depuis l’incident lié à l’article 23, elle constitue une force que les décideurs ne peuvent plus se permettre d’ignorer.
Rejoindre la Fivape, c’est contribuer à ce que le débat sur le vapotage se déroule sur le terrain de la rationalité scientifique et garantir que la prochaine révision réglementaire prenne en compte les données que Bruxelles a négligées. Il n’est jamais trop tard pour s’engager !
Le déni de la science, un mécanisme politique préoccupant
Le vapotage n’est ni le premier ni le dernier sujet à être traité de cette manière. La dissociation entre l’état de la science et les positions des institutions politiques ou médiatiques est un phénomène bien documenté, touchant des domaines aussi variés que le changement climatique, les perturbateurs endocriniens ou les pesticides. Dans chacun de ces cas, le même schéma se répète : un corpus scientifique solide se heurte à de puissants intérêts économiques ou idéologiques, tandis que les institutions arbitrent entre les deux en fonction de contraintes souvent éloignées de l’intérêt général.
Concernant le changement climatique, les preuves s’accumulent depuis les années 1990. Les rapports du GIEC sont clairs depuis trois décennies. Les politiques publiques avancent à un rythme désespérément lent alors que toutes les données plaident pour des actions urgentes. En ce qui concerne les pesticides, le cas du glyphosate est particulièrement révélateur : des années de controverses institutionnelles, des études commandées et systématiquement contestées, des agences se contredisant, alors que les données épidémiologiques indépendantes s’accumulent. Pour les perturbateurs endocriniens, les avancées réglementaires ont mis des décennies à rattraper la science.
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Camille est une passionnée de tendances technologiques et d’actualité. Elle adore décrypter les évolutions de la vape pour les rendre accessibles à tous. Son objectif ? Vous tenir informé des moindres changements qui impactent l’univers de la vape.