Cette semaine, les tabaclistes de France se mobilisent dans les rues. Cette action est motivée par un modèle de rémunération jugé insoutenable par la profession, en plus de la montée d’un marché parallèle qui réduit leurs ventes à chaque nouvelle hausse des prix.
Sommaire
Une mobilisation nationale contre la « spirale fiscale » du tabac
Du 7 au 11 septembre 2026, la confédération des tabaclistes a lancé un appel à une large mobilisation de la profession. « Après plusieurs années de discussions, d’alertes et de suggestions, nous passons à l’action. », a déclaré Serdar Kaya, le président de la confédération. « Notre réseau a atteint un point critique (…) notre message est clair : fin de la spirale fiscale, fin des marchés parallèles, place à des décisions concrètes. »

Un certain nombre de manifestations sont programmées tout au long de cette semaine de mobilisation. Ces rassemblements auront lieu dans des villes de taille intermédiaire, plutôt que dans les grandes métropoles, car « la crise du réseau touche la France des villes moyennes, des centres-bourgs, des zones rurales et des périphéries », précise la confédération.
Leur principale revendication concerne l’augmentation incessante du prix des paquets de cigarettes. « Si la fiscalité continue d’augmenter, nous risquons la fermeture », souligne Serdar Kaya, qui ajoute que « depuis deux ans, avec la baisse des ventes, les recettes fiscales sur le tabac diminuent. Si, à Bercy, ils pensent que l’augmentation des prix du tabac est une solution pour augmenter les recettes, ils se trompent. » Les tabaclistes demandent ainsi le gel de la fiscalité sur le tabac et la suppression de l’indexation automatique du prix des cigarettes sur l’inflation.
Le modèle de rémunération des tabaclistes
Pour bien saisir le mécontentement des tabaclistes, il est essentiel de comprendre comment ils sont rémunérés pour la vente de cigarettes. Lorsqu’un tabaciste vend un paquet de 20 cigarettes au prix de 13 €, l’État perçoit 10,79 €, soit 83 % du prix. Ce montant inclut la TVA et le droit d’accise. De son côté, le tabaciste ne conserve que 1,34 €, soit 10,29 % du prix de vente, ce qui est désigné comme la « remise brute ».

De cette remise brute, il faut retirer le coût de la licence et la cotisation au régime de retraite additionnel obligatoire (régime des allocations viagères des gérants de débits de tabac, ou R.A.V.G.D.T.). Le montant restant, soit 1,09 €, constitue la remise nette, c’est-à-dire la somme réellement perçue par le tabaciste.
| Poste | Montant | % du prix de vente | Détail |
|---|---|---|---|
| Accise (part proportionnelle) | 7,15 € | 55 % | 55 % du prix de vente au détail |
| Tarif de l’accise | 1,47 € | 11,3 % | 73,30 € pour 1 000 unités, soit 20 cigarettes |
| TVA « en dedans » | 2,17 € | 16,67 % | Taux fixe de 16,6667 % appliqué au prix de vente |
| Remise brute du débitant | 1,34 € | 10,29 % | Rémunération théorique versée par le fournisseur |
| — dont remise nette (tabaciste) | 1,09 € | 8,35 % | Somme réellement perçue par le tabaciste |
| — dont droit de licence + RAVGDT | 0,25 € | 1,94 % | Reversés directement par le fournisseur à l’administration |
| Marge du fabricant | 0,88 € | 6,77 % | Par différence, hors taxes et hors remise débitant |
| Détails établis pour un paquet de 20 cigarettes vendu 13 €, selon les paramètres fiscaux en vigueur au 1er janvier 2026 (Direction générale des douanes et droits indirects). L’accise combine une part proportionnelle au prix de vente et une part forfaitaire par unité ; un minimum de perception (7,64 € pour ce volume) s’applique comme plancher lorsque l’accise calculée serait inférieure à ce seuil, ce qui n’est pas le cas ici. | |||
Un marché parallèle en plein essor
Le tabac étant le produit principal des tabaclistes, la diminution du nombre de fumeurs affecte directement leurs revenus. À chaque nouvelle augmentation du prix du tabac, les achats chez les tabaclistes baissent encore, entraînant une réduction de leurs revenus. Pour Xavier Dupont, trésorier général de la Confédération des tabaclistes, « chaque euro, chaque centime ajouté au prix du paquet, c’est un cadeau pour les trafiquants et les réseaux criminels. » Cette observation a été confirmée le 8 septembre par la Cour des comptes européenne, qui estime à 13 milliards d’euros les pertes budgétaires annuelles dues au commerce illicite de tabac dans l’UE, et met en lumière une forte augmentation de la production illégale sur le territoire européen, désormais observée dans presque tous les États membres.
C’est précisément l’une des limites du modèle actuel que soulignent les tabaclistes : l’augmentation du prix du tabac n’entraînerait qu’une faible diminution du nombre de fumeurs. Elle les inciterait en réalité à se fournir ailleurs, que ce soit sur le marché noir ou dans d’autres pays où la fiscalité sur les cigarettes est moins sévère. En 2025, les saisies de tabac auraient augmenté de 12 % par rapport à l’année précédente, atteignant 547,9 tonnes.
Dans un rapport du Sénat daté du 30 mai 2024, la commission des affaires sociales a recommandé de poursuivre l’augmentation du prix du tabac d’au moins 3,25 % par an en dehors de l’inflation, « ce qui reviendrait à porter le prix du paquet de cigarettes à 20 euros ». Cette mesure est justifiée par la position de l’OMS, qui considère que la fiscalité est le meilleur moyen de lutter contre le tabagisme.
Aucun soutien politique, sauf du RN
La situation décrite par la profession ne semble pour le moment pas susciter de réaction politique, mis à part auprès de Marine Le Pen, qui a adressé une lettre ouverte aux tabaclistes. Cela est perçu comme une bonne nouvelle pour certains, mais comme un simple « clientélisme » pour d’autres. De manière symbolique, la dernière manifestation des tabaclistes est prévue le 11 septembre à Vernon (27), ville où Sébastien Lecornu, Premier ministre, est également premier adjoint au maire.
La situation des tabaclistes n’est pas ignorée par les autorités publiques. En octobre 2018, dans le cadre du premier protocole État-tabaclistes, un fonds de transformation a été établi.
Doté d’un budget d’environ 20 millions d’euros par an, ce fonds a pour but d’aider les tabaclistes à diversifier leurs activités afin de compenser la baisse structurelle des ventes de tabac. Chaque établissement peut ainsi bénéficier d’un soutien allant jusqu’à 33 000 €, couvrant jusqu’à 40 % des dépenses en mobilier et en équipement, pour permettre aux commerces de se doter de nouveaux outils et d’élargir leur champ d’activités. Parmi les transformations fréquemment observées dans les établissements : la mise en place d’un espace dédié au vapotage.
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Camille est une passionnée de tendances technologiques et d’actualité. Elle adore décrypter les évolutions de la vape pour les rendre accessibles à tous. Son objectif ? Vous tenir informé des moindres changements qui impactent l’univers de la vape.