Cinquante ans après l’adoption de la loi Veil, six anciens ministres de la Santé ont exhorté le gouvernement à prendre en compte la proposition de loi du député Nicolas Thierry visant à instaurer une interdiction générationnelle de la vente de tabac en France.
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Une proposition de loi qui suscite des réactions
Le 9 juillet 2026, six anciens ministres de la Santé ont publié une lettre dans le quotidien français Le Parisien. Claude Evin, Roselyne Bachelot, Marisol Touraine, Agnès Buzyn, Aurélien Rousseau et Yannick Neuder demandent au gouvernement de « s’emparer » de la proposition de loi présentée à l’Assemblée nationale par Nicolas Thierry, député écologiste.
Cette proposition de loi, enregistrée le 18 novembre 2025, a pour but d’interdire la vente de produits du tabac « à partir du 1er janvier 2032, à toute personne née à compter du 1er janvier 2014. » Ce mécanisme a déjà été mis en œuvre aux Maldives et est inscrit dans la législation britannique. En France, la proposition est encore au stade initial et a été renvoyée à la commission des affaires sociales. « L’objectif n’est pas d’ajouter une interdiction ni de relever l’âge légal d’achat du tabac. Il s’agit, comme pour d’autres substances nocives, d’organiser l’élimination progressive de la commercialisation d’un produit dangereux. », précisent les signataires de la tribune.
Cette prise de position des anciens ministres coïncide avec un événement marquant. En effet, le 9 juillet 2026, on célébrait le cinquantième anniversaire de la loi Veil, « première grande loi française de lutte contre le tabagisme. » Initiée par Simone Veil, alors ministre de la Santé, la loi n° 76-616 a pour la première fois restreint la publicité en faveur du tabac, prohibé les distributions gratuites à des fins publicitaires et encadré le parrainage d’événements sportifs et d’activités destinées aux enfants ou aux adolescents. Elle a également exigé que la mention « abus dangereux » figure sur les emballages et a permis au gouvernement de réglementer le tabagisme dans certains lieux publics.
Avec cette tribune, l’idée d’une interdiction générationnelle de la vente de tabac s’impose de plus en plus dans le débat politique en France. « Pendant cinquante ans, nous avons tenté de réduire les dégâts causés par cette industrie. Aujourd’hui, nous devons viser à y mettre fin définitivement. ». Le 2 juillet 2026, la Caisse nationale de l’Assurance Maladie (CNAM) plaidait également pour cette mesure dans son rapport annuel Charges et Produits. Le lendemain, sur TF1, Stéphanie Rist, la ministre de la Santé actuelle, a déclaré qu’elle était « très favorable à titre personnel » à cette initiative.
Deux camps, deux visions
En dehors du monde politique, les opinions divergent quant à la nécessité d’implémenter une telle interdiction en France. Les associations antitabac soutiennent cette initiative, estimant qu’elle vise à « mettre un terme au renouvellement générationnel de la clientèle de l’industrie du tabac », comme l’affirme l’association Alliance contre le tabac dans un communiqué soutenant la proposition de loi du député écologiste.
En revanche, la Confédération des buralistes adopte un point de vue opposé. Sur RMC, Serdar Kaya, président national de la confédération, décrit cette mesure comme irréalisable en France et appelle le pays à « rester en phase avec la réalité. » Il fait remarquer qu’en France, le Royaume-Uni et l’Australie sont souvent cités en exemple dans la lutte contre le tabagisme, tout en soulignant que « ce sont des îles. ». Bien qu’il ne développe pas cette idée, il est évident que sur une île, le commerce frontalier est inexistant, contrairement à la France où plusieurs pays voisins commercialisent du tabac à des prix inférieurs.
Selon lui, cette interdiction générationnelle, qui ciblerait principalement les jeunes, inciterait également ceux-ci à se procurer du tabac autrement. « Écartons le commerce légal et laissons place au trafic ! Demain ces jeunes […] se tourneront vers d’autres sources de tabac. » s’exclame-t-il, avant d’ajouter qu’une telle politique pourrait entraîner « le déclin d’un réseau qui attire dix millions de clients par jour ». Le président de la Confédération des buralistes appelle plutôt à une réflexion au niveau européen sur cette question.
De son côté, Philip Morris France s’oppose également à cette mesure. Pour le fabricant de Marlboro, l’interdiction générationnelle de la vente de tabac soulève une question fondamentale : « comment une interdiction progressive, dont les effets ne pourront être évalués que dans plusieurs années, peut-elle répondre à l’urgence sanitaire actuelle d’un pays qui compte encore près de 12 millions de fumeurs adultes ? »
« Interdire la vente de cigarettes à une génération entière peut apparaître, sur le papier, comme une mesure forte, ajoute le cigarettier, tout en soulignant qu’une politique de santé publique ne se mesure pas à son intensité symbolique. » Pour lui, seuls les « résultats tangibles » sont essentiels : « empêcher l’accès au tabagisme pour les mineurs, réduire la place de la cigarette dans la société et aider les fumeurs adultes à se détourner du tabac combustible. » Philip Morris, qui dispose d’un large éventail de produits sans combustion (tabacs chauffés IQOS, BONDS et lil, sachets de nicotine ZYN, snus via l’acquisition de Swedish Match en 2022, et cigarettes électroniques VEEV), a donc un intérêt commercial direct à faire valoir cette position.
Ainsi, la France se retrouve divisée en deux camps : ceux qui soutiennent l’interdiction générationnelle de la vente de tabac prônent une extinction progressive du marché, tandis que les opposants plaident pour le maintien d’un marché légal, accompagné de contrôles renforcés et d’une transition des fumeurs vers des produits nicotiniques sans combustion. À ce stade, il est difficile de prédire quel camp l’emportera dans cette nouvelle lutte contre le tabagisme, cinquante ans après le début d’une bataille qui semble interminable.
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Camille est une passionnée de tendances technologiques et d’actualité. Elle adore décrypter les évolutions de la vape pour les rendre accessibles à tous. Son objectif ? Vous tenir informé des moindres changements qui impactent l’univers de la vape.