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Camille Bordelon

FMI : Appel à une réduction de la taxation sur le vapotage

Une taxation différenciée et une reconnaissance de la moindre nocivité du vapotage : un article du FMI défend des idées généralement soutenues par les acteurs de la réduction des risques. Inattendu, mais apprécié.

Taxer selon les risques, pas les préjugés

Parmi les institutions dont les défenseurs de la réduction des risques liés au tabac ne s’attendaient pas à obtenir un soutien, le Fonds monétaire international (FMI) figure probablement en tête de liste. Pourtant, dans un article récent publié dans Finance & Development, la revue phare du FMI, deux économistes se sont penchés sur la question de la taxation des produits nocifs. Ils se sont particulièrement intéressés aux produits contenant de la nicotine et, à la surprise générale, ils plaident pour une taxation proportionnelle aux risques associés à chaque produit.

Les auteurs de cet article, Christoph B. Rosenberg et Marius van Oordt, apportent leurs expertises respectives. Rosenberg est économiste et ancien directeur adjoint du département des communications au FMI, tandis que van Oordt est spécialiste en politique fiscale et ancien professeur associé à l’African Tax Institute de l’Université de Pretoria. Bien que la note de bas de page indique que les opinions exprimées dans le magazine ne reflètent pas nécessairement celles du FMI, la publication de telles idées est néanmoins significative.

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Selon les auteurs, il n’est pas suffisant d’augmenter simplement les taxes sur les produits nocifs. « Tôt ou tard, les fumeurs et les consommateurs d’alcool — plutôt que d’arrêter — se tourneront vers des alternatives non taxées ou illégales. » Ils insistent donc sur la nécessité d’une « meilleure compréhension des risques sanitaires et des réactions des consommateurs et des producteurs face à la fiscalité » pour « orienter les décisions politiques ». Cette approche devrait s’appuyer sur trois principes : taxer tous les produits nocifs, aligner les taux d’imposition sur les risques potentiels pour la santé, et favoriser la coopération internationale pour lutter contre la contrebande.

La Nouvelle-Zélande comme modèle

Après avoir brièvement abordé les boissons alcoolisées, les économistes se penchent sur le tabagisme, admettant que « les produits contenant de la nicotine posent un défi particulier. » Ils soulignent d’abord que les comportements évoluent et que, avec l’augmentation des restrictions sur le tabagisme, les préférences des consommateurs se déplacent vers des alternatives telles que les cigarettes électroniques, le tabac chauffé, ou les sachets de nicotine. « La bonne nouvelle, c’est que beaucoup de ces nouveaux produits, bien qu’ils restent nocifs, diminuent l’exposition aux substances toxiques. Il est donc logique de les taxer à un taux inférieur, qui pourrait être ajusté en fonction des recherches disponibles et des besoins en matière de revenus. »

La Nouvelle-Zélande est citée comme exemple de l’efficacité de cette approche. L’article rappelle qu’au cours des dernières années, le gouvernement a augmenté les taxes sur les cigarettes tout en maintenant celles sur le vapotage inchangées, « dans une stratégie délibérée visant à creuser l’écart fiscal » entre les deux produits. En conséquence, le taux de prévalence du tabagisme dans le pays, qui était de 18 % en 2012, a chuté à 8 % en 2024. En parallèle, le nombre de vapoteurs a grimpé de moins de 1 % à plus de 14 %. « Bien qu’il soit difficile d’établir un lien de causalité, il semble raisonnable de penser que l’augmentation des différences de prix a contribué à ce changement. »

Dans leurs conclusions, Rosenberg et Oordt rappellent que la fiscalité est « plus qu’un simple outil fiscal » et la désignent comme « un levier puissant pour façonner des sociétés plus saines. »

Bien sûr, cette position des deux économistes présente certaines lacunes. Elle suggère que la taxation pourrait résoudre tous les problèmes de santé publique, tout en négligeant trop rapidement des questions cruciales : par exemple, celle des inégalités, car les ménages les plus défavorisés paient proportionnellement beaucoup plus, ou encore l’augmentation du marché noir et des trafics qui est souvent favorisée par une hausse des prix.

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Cependant, voir le FMI, gardien de la rigueur budgétaire mondiale, soutenir une taxation fondée sur la réduction des risques plutôt que sur une interdiction stricte, est un signal politique fort. Si même les technocrates de Washington reconnaissent que l’approche punitive ne fonctionne pas, peut-être est-il temps que les gouvernements prennent conscience de cette réalité.

Qu’est-ce que le FMI ?

Le Fonds monétaire international est une institution financière fondée en 1944, regroupant 190 pays membres. Son siège est situé à Washington.

Ses missions incluent la surveillance des politiques économiques des pays membres, l’assistance à l’amélioration de leur gestion économique, ainsi que l’octroi de crédits aux États rencontrant des problèmes de balance des paiements.

Occupant un rôle central dans l’architecture financière mondiale, le FMI est souvent controversé, en raison des conditions strictes (austérité, privatisation d’entreprises publiques, réformes fiscales, etc.) qu’il impose aux pays à qui il prête de l’argent. Son fonctionnement est également régulièrement critiqué, car son pouvoir de vote est proportionnel à la contribution financière de chaque État membre. Par exemple, les États-Unis détiennent 16,5 % des voix, leur conférant un droit de veto sur les décisions majeures du FMI, qui nécessitent 85 % des votes.

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