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Camille Bordelon

Arrêtez de fumer avec My Pipo : notre avis sur la paille révolutionnaire

Une paille en bois aromatisée à 7,99€, censée remplacer la cigarette. My Pipo est le dernier produit d’une série de dispositifs anti-tabac dont l’efficacité suscite de nombreux doutes.

Un site internet peu fiable

My Pipo. C’est le nom de ce dernier gadget décrit comme un « bijou qui change tout ». La promesse est séduisante : arrêter de fumer sans nicotine et sans dépendance. À l’instar du bracelet Glame, de la paille métallique Sasillia, du pod MyMoodz, ou encore des cigarettes Oui’Garette, My Pipo prétend révolutionner le sevrage tabagique. Cependant, comme pour tous ses prédécesseurs, plusieurs éléments soulèvent des interrogations quant à la crédibilité de ce dispositif.

Capture d'écran floue d'un site web et code affiché sur un ordinateur portable
Le site de My Pipo présente des signes de bâclage dans son code et ses images.

Avant même d’explorer My Pipo, examinons son site internet. Tout d’abord, le thème utilisé ne semble pas disposer d’une licence valide. « Votre licence n’est pas activée. Vous devez connecter votre nom de domaine à votre espace membre en cliquant sur le bouton ci-dessous », peut-on lire dans le code source du site. Cette phrase ne laisse guère de place au doute quant à la nature probablement bâclée de la création de ce site. Un autre indice de son manque de sérieux : certaines images semblent avoir été générées par une intelligence artificielle. Sur l’image ci-dessous, le nom de My Pipo a été modifié et sa taille a visiblement triplé.

Des informations sur la marque et son fondateur troublantes

Les détails concernant l’identité de la marque sont également étranges. My Pipo se décrit comme « Basé en France · Frontière France/Allemagne ». Pourtant, l’adresse de contact de l’entreprise se trouve à Renningen, près de Stuttgart. Non seulement Renningen est en Allemagne et non en France, mais la ville est également située à près de 100 km de la frontière française. Le numéro de téléphone fourni est également allemand, et plusieurs fiches produits conservent leur nom dans la langue allemande. Assez curieux pour une entreprise qui se veut française.

Boîte produit avec étiquette d'adresse et coordonnées confuses
Incohérences entre l’adresse revendiquée et les coordonnées réelles de l’entreprise.

Quant à l’existence même du fondateur de My Pipo, cela soulève des doutes. Cet individu se présente comme Alban Michel, « coach de vie et sport diplômé d’État ». Cependant, il n’y a aucun lien pour vérifier l’authenticité de son diplôme. Pas de redirection vers un profil professionnel. Il faudrait donc faire confiance à cet inconnu qui prétend être un expert, sans aucune référence à sa disposition.

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Le dispositif My Pipo est également présenté avec de nombreuses affirmations non vérifiables. « Chaque Souffle contient une fibre en polyester médical, imprégnée d’un mélange exclusif de plantes et d’huiles essentielles pures, sélectionnées auprès de partenaires agricoles de confiance dans le monde entier. » Aucune liste INCI n’est fournie, aucun pourcentage ni aucun fournisseur n’est mentionné. Et quant à la nature de cette « fibre en polyester médical », il va falloir faire preuve d’imagination, car il n’y a pas plus d’informations à ce sujet.

Un autre point à souligner est que la foire aux questions indique que « PIPO n’est ni un médicament, ni un dispositif médical, ni un produit du tabac. Il n’est donc pas soumis à une autorisation de mise sur le marché par l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) ni par l’EMA (Agence européenne des médicaments). » Cela signifie que le produit n’a reçu aucune validation sanitaire et n’a été évalué par aucune autorité. Les utilisateurs potentiels doivent donc faire confiance à « Alban Michel » pour ce qui est de l’innocuité de ce qu’ils s’apprêtent à inhaler.

À ce sujet, il est mentionné que le fameux « polyester médical » est imprégné « d’huiles essentielles ». Il est important de rappeler que l’inhalation d’huiles essentielles peut être dangereuse pour la santé. Certaines d’entre elles peuvent contenir des terpènes, des phénols, des aldéhydes, etc., autant de composés susceptibles d’être nocifs pour les voies respiratoires. Encore une fois, l’absence de spécificités sur ces huiles soulève des questions. Quelles sont ces huiles ? À quelle concentration ? Quelle est leur température d’utilisation ? Pour combien de bouffées par jour ont-elles été testées ? Ont-elles même été testées ?

Et si cela ne suffisait pas, il convient de noter que My Pipo ressemble étrangement à Breez. Un dispositif proposé sur un autre site internet, qui promet lui aussi… d’aider à arrêter de fumer. Une coïncidence pour le moins troublante.

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Breez, un dispositif encore plus suspect

Breez apparaît comme un dispositif encore plus suspect que My Pipo. Contrairement à ce dernier, Breez affiche plusieurs certifications et fournit même des liens vers celles-ci.

Après vérification, il s’avère que Breez possède effectivement une certification Ecocert pour ses trois huiles essentielles. Cependant, la marque prétend également que son produit a été « approuvé en toxicologie ».

Or, le certificat en question précise que son évaluation « a montré qu’il est possible de maîtriser le risque dès lors que des dilutions en amont par le metteur sur le marché sont réalisées respectivement de 5 pour l’HE de citron, de 17 pour l’HE de menthe poivrée et de 11 pour l’HE d’orange douce pour un usage d’1 goutte d’HE sur le dispositif / jour chez l’adulte selon les protocoles d’exposition explicités dans le rapport « MAJ CGC 19-12-2025 D23220 MAJ HE ».

Aucune information sur les dilutions appliquées n’est fournie sur le site de Breez. De plus, lorsqu’on demande comment utiliser le dispositif au quotidien, le fabricant indique sur son site internet qu’il peut être utilisé « aussi souvent que vous en avez besoin. Aucune limite, aucun risque de surdosage, aucune dépendance créée. »

Cependant, le laboratoire précise que ses tests ont été effectués sur une utilisation d’une goutte par jour. Il est donc impossible d’affirmer qu’une consommation supérieure n’aurait pas d’effets néfastes sur la santé. Le rapport original est accessible ici.

Des avis suspects et des traductions amusantes

En ce qui concerne My Pipo, il serait également pertinent d’aborder l’esthétique du site internet, les nombreux « avis de consommateurs » soi-disant satisfaits, qui semblent tous être fictifs. Sans oublier quelques phrases dont les traductions prêtent à sourire. Par exemple, My Pipo affirme aider à arrêter de fumer. Pourtant, sur le site, il est indiqué que « PIPO remplace le geste. Les autres remplacent juste la cigarette. » Arrêter ou remplacer la cigarette n’était-il pas précisément l’objectif du dispositif ?

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En ajoutant à cela la promesse de cadeaux lors d’une commande et l’annonce de nombreuses ruptures de stock destinées à créer un sentiment de FOMO (pour fear of missing out, soit la peur de manquer quelque chose), nous avons là un énième site internet qui promet des merveilles aux fumeurs avec un produit dont l’efficacité est plus que douteuse.

Pour mémoire, le sevrage tabagique exige bien plus qu’une paille en bois et de l’air aromatisé.

La dépendance au tabac repose sur deux fondements distincts : une dépendance pharmacologique à la nicotine, qui active les récepteurs nicotiniques du cerveau, engendrant le cycle classique de manque-satisfaction, et une dépendance comportementale, qui passe par le geste, le rituel, les déclencheurs (café, pause, stress), que PIPO vise effectivement, mais seulement cela.

Or, c’est précisément parce que la nicotine crée une véritable dépendance physiologique que se sevrer brutalement, sans rien pour combler le manque, échoue dans la plupart des cas. En France, la Haute Autorité de Santé rappelle que 97 % des fumeurs échouent à arrêter de fumer sans aide.

Voilà tout l’intérêt des substituts nicotiniques (patchs, gommes, etc.) ou de la cigarette électronique, qui délivrent la molécule responsable du besoin, sous une forme et à une dose progressivement réduites, pendant que l’utilisateur se défait du geste. Se contenter de reproduire le geste, comme le fait PIPO, sans traiter le besoin physiologique, revient à ne traiter qu’une partie du problème, et la partie la plus facile.

Finalement, My Pipo pourrait bien être le premier dispositif de ce genre à porter son nom à merveille : « pipo ».

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